“9 choses que j’ai apprises au cours de mon combat contre l’infertilité et que je souhaite partager avec celles qui vivent la même chose que moi.”

Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous le témoignage que nous avons reçu de la part de Virginie, qui souffre d’aménorrhée hypothalamique (son corps ne produit plus l’hormone qui devrait réguler son système reproducteur) et suit un traitement de procréation médicalement assistée (PMA) avec son conjoint depuis deux ans.

Son mail m’a beaucoup touchée et je souhaite d’autant plus le partager que Virginie aimerait faire profiter son expérience à toutes les femmes qui, comme elles, souffrent de problèmes de fertilité et subissent un traitement de PMA. Je vous laisse découvrir son récit :

Je suis infertile. Je souffre d’infertilité. Je lutte contre l’infertilité depuis deux ans. Ça y est, je l’ai dit. Vous le savez tous maintenant. Je ne peux pas le cacher, je ne peux plus.

Comme avec la plupart des mauvaises choses qui peuvent arriver dans la vie, je pensais que ça ne m’arriverait jamais à moi, que j’étais à l’abri, je n’y pensais tout simplement jamais… jusqu’à ce jour où j’ai reçu ce diagnostic de la part de mon gynécologue :

Vous souffrez d’aménorrhées d’origine hypothalamique.


C’est vrai que j’étais allée le consulter car je m’étais rendue compte que mes cycles n’étaient pas réguliers mais j’avais mis ça sur le compte de la fatigue et j’étais persuadée que j’avais toute la vie devant moi pour faire des enfants. Je suis jeune, plutôt mince, active et en bonne santé, et ma mère est tombée très facilement enceinte quand elle avait 39 ans.

Puis j’ai rencontré l’homme avec qui avoir un bébé devenait une évidence, et nous avons très vite voulu essayer… sans réaliser qu’un très long et très douloureux parcours du combattant nous attendait.

J’aurais tellement aimé en savoir plus sur les défis que j’allais devoir relever pour essayer de concevoir un bébé, j’aurais tellement aimé qu’on me prévienne longtemps avant que tout ça ne m’arrive pour que je sois plus forte face à tant d’épreuves à surmonter.

Mais j’ai dû tout apprendre toute seule, parfois dans des cabinets de docteurs plus ou moins compréhensifs, voire agressifs, qui n’ont pas pris le temps de m’expliquer.

J’ai passé des heures sur les forums sur internet, et je me suis rendue compte que de très nombreuses femmes, des couples, et même parfois des hommes, faisaient face à des luttes similaires.

Aujourd’hui, je sais que même si cette aménorrhée hypothalamique m’a fait traverser des épreuves incroyablement difficiles, ce problème d’infertilité m’a aussi énormément appris et rendue plus solide.

Comme j’ai caché mes problèmes à la plupart des personnes de mon entourage, je suis certaine que de nombreuses autres femmes font la même chose que moi et ne reçoivent pas le soutien qu’elles devraient avoir.

Pour elles, j’ai dressé une liste de neuf choses que j’ai apprises et que j’aurais aimé savoir avant d’être diagnostiquée infertile :

1/ L’infertilité peut arriver à tout le monde, à tout âge.

Les apparences peuvent être trompeuses. Depuis mon diagnostic, j’ai appris que l’infertilité pouvait frapper tout le monde, peu importe à quoi vous ressemblez. Malgré un régime alimentaire plutôt sain (je ne fume pas, je ne bois qu’en soirée une fois de temps en temps et je mange équilibré les trois quart du temps) et une pratique du sport très régulière, je souffre de problèmes de fertilité.

Même si beaucoup de gens pensent que l’infertilité touche surtout les femmes plus âgées, c’est un problème qui peut survenir à tout âge. J’ai seulement 31 ans, ce n’est pas tout jeune certes, mais c’est pile dans la moyenne de conception d’un enfant en France et je suis loin d’être la plus vieille à essayer d’avoir un bébé… Pensez à Carla Bruni qui a eu sa petite dernière à 43 ans ou à Céline Dion qui a eu des jumeaux à 42 !

2/ Il existe de nombreux facteurs qui peuvent affecter votre fertilité.

Comme je l’ai appris grâce à l’un des médecins qui m’a traitée, ce n’est pas seulement un trouble de notre système de reproduction qui peut causer des problèmes d’infertilité. 

Dans mon cas, c’était dû à un stress chronique causé par trop d’exercice et un poids trop faible dû à des problèmes alimentaires lorsque j’étais au lycée (j’ai été anorexique, puis boulimique pendant presque 4 ans).

Pour d’autres, cela peut-être dû à une intolérance alimentaire, à un dérèglement de la thyroïde ou à une maladie auto-immune.

Tous les organes de notre corps sont profondément connectés et quand l’un d’entre eux fonctionne mal, cela peut créer un effet de cascade qui influe sur tout le reste. D’où l’importance de trouver un bon médecin, qui vous écoutera et vous analysera en profondeur.

3/ Vous n’êtes pas seule.

L’infertilité peut être une expérience qu’on vit de manière vraiment isolée, et qui vous laisse le sentiment que personne ne comprend ce que vous vivez.

Cela ne peut pas être plus éloigné de la vérité. L’INSERM estime que près de 20% des couples ne parviennent pas à avoir un enfant après 12 mois sans contraceptionDepuis mon diagnostic, je me suis rapprochée de dizaines de femmes sur des forums, qui souffrent elles aussi de problèmes d’infertilité.

Ces relations de soutien et d’amitié sont devenues une valeur inestimable dans mon combat. Seuls celles et ceux qui ont aussi connu des rendez-vous de médecin à la chaîne, des tests de toutes sortes, mais surtout l’attente et le chagrin peuvent vraiment comprendre ce que vous vivez.

4/ Ne perdez pas votre temps avec un médecin qui ne vous écoute pas.

Il m’a fallu quelques essais avant de trouver le bon médecin. Je fonctionne au feeling et je suis aujourd’hui très fière d’avoir choisi le bon gynéco, en qui j’ai entièrement confiance. 

Le premier gynécologue spécialiste de l’infertilité que j’ai rencontré, et qui m’avait été recommandé par mon gynécologue habituel, m’a répété encore et encore que je m’inquiétais pour rien, en dépit des preuves que quelque chose clochait…

Le suivant m’a tout de suite parlé de traitements très lourds, sans prendre le temps de faire ma connaissance et avant même de m’avoir prescrit les tests nécessaires.

Rien de tout cela ne me convenait, on peut même dire que je suis ressortie de ces deux rendez-vous profondément bouleversée, donc j’ai continué à chercher le bon spécialiste.

Finalement, j’ai trouvé le médecin qui me convenait en racontant mes malheurs sur un forum et en suivant les conseils d’une autre femme qui souffrait comme moi d’aménorrhée hypothalamique.

Ne culpabilisez pas de “tester” plusieurs médecins, vous leur confiez votre avenir et vous serez surprise de voir à quel point le traitement proposé peut-être différent d’un docteur à l’autre. Il est impératif que vous ayez toute confiance en votre gynécologue et que vous ne ressentiez aucune méfiance envers le traitement que vous allez suivre.

5/ Il existe de nombreuses façons de devenir maman.

Dans notre imaginaire et dans la plupart des récits que nous connaissons, les gens ont des rapports sexuels, attendent un bébé et fondent une famille. Pour tous ceux qui combattent un problème d’infertilité, la réalité est très différente. 

Notre grande chance, c’est que la médecine moderne nous a donné beaucoup d’options pour concevoir un enfant, que ce soit grâce aux traitements par médicaments, à l’insémination intra-utérine, ou à la fécondation in vitro, en utilisant vos propres ovules ou sperme, ou en utilisant des ovules ou du sperme d’un donneur. Enfin, certaines personnes décident que la gestation pour autrui ou l’adoption est la bonne option pour eux.


J’ai appris que même si ça ne fonctionne pas comme vous l’aviez prévu, cela ne signifie pas que ça ne fonctionnera pas du tout. Alors essayez de rester ouverts à toutes les options qui se présentent à vous même si elles ne vous paraissent pas idéales.

6. Essayer d’avoir un bébé va changer votre vie.

Je savais qu’avoir un bébé allait changer ma vie à bien des égards. Ce que je ne savais pas, c’est que d’essayer d’avoir un bébé la changerait aussi radicalement.

J’ai dû faire de grands changements dans mon style de vie pour avoir une chance de concevoir un bébé et même si j’étais partante et plus que disposée à les faire, ça n’a vraiment pas été facile.


Entre la fatigue et les effets secondaires du traitement, les changements dans mon alimentation, les nombreux congés d’une demi-journée au travail pour les rendez-vous chez le médecin et les conséquences émotionnelles de l’infertilité sur mon couple, ma famille et mes amis, tous les domaines de ma vie ont été affectés.

7. Vous ne pouvez pas prédire l’avenir, alors essayez d’arrêter de vouloir tout contrôler.

J’aime beaucoup tout planifier, j’en ai besoin pour me sentir bien et c’est une qualité qu’on me reconnaît dans mon travail. Mais pour la PMA, j’ai compris que ça allait me causer plus de soucis qu’autre chose.

Lorsque vous essayez de concevoir un bébé, vous vivez dans des cycles de longs mois pendant lesquels vous passez votre temps à calculer votre période d’ovulation, la période idéale pour faire un test de grossesse et les premiers signes qui pourraient annoncer que vous êtes enceinte.


Avant de savoir que j’aurais du mal à concevoir un bébé, j’avais déjà planifié dans ma tête combien de temps il me faudrait pour tomber enceinte, quand mon bébé allait naître et à quoi ma vie ressemblerait quand il serait né…


J’ai perdu beaucoup d’énergie à essayer de tout planifier, encore et encore, et à être déçue de voir que mes plans ne fonctionnaient jamais comme je le souhaitais.

Maintenant, après de très nombreuses déceptions, j’ai pris la décision très ferme d’essayer de me laisser aller et de vivre au jour le jour en profitant de tout le bonheur que la vie me donne en dehors de ce problème d’infertilité.

8. Vous pouvez être jalouse, même de parfaites étrangères.

Lorsque vous n’arrivez pas à tomber enceinte, vous avez soudainement l’impression que toutes les femmes sont enceintes ou avec un nouveau-né…

Ça me prend toujours au dépourvu de ressentir autant de peine et de douleur d’observer de parfaites inconnues avec de gros ventres ou des bébés. Comme un coup de poing à l’estomac, parfois ma respiration se coupe et les larmes me montent aux yeux quand on m’annonce une nouvelle grossesse.  


Ce n’est pas que je ne suis pas heureuse pour eux, juste que je suis triste pour ma propre situation.

9. Vous pouvez ressentir de la joie même dans les moments les plus difficiles.

À bien des égards, ces deux dernières années ont été les plus difficiles de ma vie. Être diagnostiquée infertile, être plongée du jour au lendemain dans un monde de rendez-vous médicaux et de tests invasifs, connaître les premières tensions et incompréhensions dans mon couple et dans notre vie intime ont été des changements brutaux et très difficiles à accepter.


Mais malgré tout ça, j’essaye de profiter des petites joies que m’apporte chaque journée. Il y a de grands bonheurs comme de voir l’amour dans les yeux de mon conjoint et la confiance qu’il place en moi malgré tout ce que l’on traverse, ou les magnifiques rencontres que j’ai faites avec d’autres femmes qui traversent les mêmes épreuves que moi grâce aux forums sur internet. Et aussi de toutes petites choses comme le plaisir de manger, d’aller à un concert ou de m’acheter de nouveaux habits.

Après deux ans de traitement et de nombreuses déceptions, je garde confiance en la vie et j’ai choisi de me concentrer sur tous les bonheurs qu’elle m’apporte. Ça ne veut pas dire que je suis heureuse en permanence, je continue de vivre des déceptions et je n’échappe pas à quelques crises de larmes, mais j’ai choisi de ne pas me renfermer sur moi-même et de vivre encore avec joie et avec reconnaissance.

Je ne souhaite à aucune d’entre vous de souffrir d’infertilité. Mais je suis reconnaissante d’être, malgré cette période difficile de ma vie, capable d’apprendre de ces épreuves.

Je suis persuadée que cela va faire de moi la meilleure des mamans le jour où, enfin, mon rêve se réalisera.

 

Virginie T.

 

4 thoughts on ““9 choses que j’ai apprises au cours de mon combat contre l’infertilité et que je souhaite partager avec celles qui vivent la même chose que moi.”

  • 8 May 2017 at 18 h 17 min
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    C’est super de partager votre expérience. Je n’en suis pas encore à vouloir d’enfants, même si ça me trotte dans la tête comme à beaucoup de femmes. Mais votre témoignage me touche aux larmes. Je suis émue de voir que vous arrivez à surmonter cette épreuve si difficile en pleine de résolutions positives. Avec la force mentale que vous possédez, c’est sur que vous allez être la meilleure des mamans alors ne lâchez rien !!

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  • 10 May 2017 at 9 h 48 min
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    Merci pour ce beau témoignage. J’ai une bonne copine qui est en pma avec son mari depuis deux ans et je sens qu’elle n’est pas bien mais elle ne veut pas en parler. Votre récit m’aide à comprendre ce qu’elle endure.

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  • 12 December 2017 at 1 h 32 min
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    Une lecture difficile car pleine d’émotion… Les sensations de peine, de frustration, de déception remontent à la surface…
    Pas vraiment infertile mais ça on le savait pas lors des examens préparant les Fiv, lors des ponctions et à la réception des résultats négatifs… Plutôt sujette à une fertilité aleatoire et chahuteuse : 3 grossesses inespérément naturelles mais 1 seul bébé…
    Et quel bébé… Je suis fière d’elle d’être naît malgré mon corps apparemment peu hospitalier… Elle illumine ma vie et donne un sens à tout ce parcours… Elle est forte et tenace… j’adore ! !!
    Et puis sans modestie… Je suis aussi fière de moi… de l’énergie que j’y ai mis… de la force mentale dont j’ai fait preuve… des compromis que j’ai accepté dans l’espoir d’être maman… de l’amour que j’avais pour mon enfant et qui m’à porté avant même qu’elle n’existe… points communs de toutes les “soeurs de PMA”…

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    • Anne-Laure Brunelle
      14 December 2017 at 10 h 23 min
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      Merci beaucoup de partager votre bau témoignage avec nous toutes. C’est très émouvant de vous lire. En effet, vous pouvez être très fière de vous et de votre combat.

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