Usines à bébés : pourquoi vous ne devriez pas y accoucher

Visite d’une des plus grandes maternités de France – véritable “usine à bébés” – où l’on se heurte à la réalité de notre système de prise en charge des accouchements surmédicalisés.

Je viens de terminer le livre de Minou Azoulay, intitulé “Ne tirez plus sur l’hôpital”, dans lequel un chapitre consacré à la maternité Notre Dame du Bon Secours à Paris m’a particulièrement marquée. (1)

L’auteure y présente cette maternité comme “de bonne réputation” avant d’y dénombrer 3500 naissances par an pour 38 sages-femmes, sept obstétriciens, 44 lits en suites de couches et 7 pour des grossesses pathologiques.

À travers quelques extraits choisis, vous allez voir que ce livre – dont l’objectif affiché est de redonner ses lettres de noblesse à l’hôpital – illustre l’exacte inverse de ce qu’il souhaitait démontrer.

Ce n’est pas le cas pour tous les services, et je ne souhaite pas critiquer le remarquable dévouement du personnel soignant qui y travaille et pour lesquels j’ai le plus profond respect.

Je ne cherche pas non plus à accabler cette maternité en particulier. Je ne pense pas qu’elle soit pire que toutes celles qui accueillent jusqu’à 5000 naissances par an.

Je souhaite seulement exprimer ce que j’ai ressenti, de façon totalement personnelle et subjective, au cours de cette lecture.

Ce qui m’a choquée, c’est la déshumanisation des accouchements qu’implique le protocole hospitaliser de cette maternité.

À travers le récit, on a l’impression d’assister à une médecine mécanique, presque indifférente aux femmes qu’elle prétend accompagner.

Des sages-femmes désemparées

L’auteure y fait notamment la connaissance de Samia, présentée comme une “sage-femme d’expérience, tonique et chaleureuse” qui semble particulièrement découragée des conditions dans lesquelles elle doit accompagner les futures mamans :

Les protocoles démultipliés laissent peu de souplesse pour la prise en charge de l’accouchement. L’instinct et l’initiative personnelle des sages-femmes sont ignorés, alors que mettre un enfant au monde est naturel quand bien même la mortalité a fortement diminué dans ce domaine.

Avant de continuer en déplorant “le cynisme et la course à la rentabilité qui gagnent le domaine de la santé” en l’illustrant par un test d’audition qu’elle doit effectuer sur un bébé de deux jours :

Voici un exemple de ce que l’on doit faire dans la foulée de l’accouchement, comme si on ne pouvait pas attendre quelques jours de plus… Ce test est gratuit, mais il rapporte 80 euros à la sécu, plus encore à celui qui l’a vendu aux maternités… Il nous incombe, parmi les nombreuses tâches.

Il est vrai que la technologie, la médicalisation de la grossesse ont considérablement baissé les accidents, mais trop c’est trop. Aucun enfant ne peut être parfait à la naissance, il se développe, à son rythme, mais on ne lui en laisse pas le temps…

Des soins standardisés par la collectivité… et gare à ceux qui ne rentrent pas dans les clous !

Après Samia, on suit la “tournée de visites” de l’une des pédiatres du service, restée anonyme, qui n’hésite pas à qualifier certains parents de :

carrément casse-pieds, ils veulent rester bio, végans, orthorexiques, ou je ne sais quoi d’autre… Ils sont bardés de gadgets. Ils viennent avec leur propre biberon bio, leurs langes en tissu, leurs huiles essentielles, on les laisse faire, on ne les oblige pas à entrer dans la collectivité“.

En clair, moins les mamans parlent, moins elles posent de questions, et mieux elle peut faire son métier… Autant le dire tout de suite, elle m’aurait détestée !

Je vous avoue qu’après cette lecture, j’en suis restée sidérée, jusqu’à me poser ces questions :

Peut-on vraiment vivre un accouchement physiologique, ou au moins respecté dans ce genre de maternité où tout est standardisé ?

Nous en donne-t-on seulement l’occasion ?

Comment être écoutée et correctement accompagnée dans un univers où les futures mamans ne sont qu’un numéro, qui doivent se contenter de faire ce qu’on leur dit, de se mettre dans la position qu’on leur a imposée pour accoucher et de ne jamais discuter ce qui est bon pour elles ou pas ?

Une surmédicalisation dénoncée par les plus grands médecins

Les plus grands obstétriciens eux-mêmes, ceux qui ont gardé intacte la vocation magnifique d’accompagner les femmes à donner la vie, se le demandent aussi.

Voici par exemple ce qu’affirme le Docteur Nathan Wrobel, directeur médical de la clinique Sainte Thérèse à Paris (2) :

« Aujourd’hui, au lieu de laisser les femmes accoucher, on fait accoucher les femmes, ce qui est différent. Avec les déclenchements plus ou moins justifiés, avec un excès d’actes plus ou moins intrusifs, il n’y a plus de prise en considération de la mère, il y a simplement la considération d’une patiente.»

« Il y a certains hôpitaux qui sont surchargés, et qui ne donnent pas le temps au temps, alors qu’en obstétrique le temps peut être envisagé plus comme un allié que comme un ennemi. »

« La surmédicalisation de la naissance désapropprie la femme de la naissance de son bébé. Il y a dans l’accouchement quelque chose d’une démarche initiatique, c’est un moment décisif comme on n’en connaît que très peu dans notre vie. »

Ses propos illustrent parfaitement le fait que le protocole médical ait pris le dessus sur le respect de la physiologie de la naissance de nos bébés.

Et voilà comment on administre à des centaines de femmes enceintes de l’ocytocine de synthèse pour accélérer les contractions, des monitorings, des péridurales à des doses “de cheval” qui bloquent le processus hormonal physiologique et empêche de bouger… et qui conduit à des taux de césarienne de 35 à 40 % dans certains établissements.

Et il faudra des années avant qu’on ne change en profondeur ce système devenu fou et clairement irrespectueux des femmes qui ne souhaitent pas être traitées comme des malades pendant leur accouchement.

En attendant, il n’y a pas d’autre solution que de s’informer.

C’est pour cette que je vous écris, toutes les semaines, sans relâche.

Nous n’avons pas le choix : nous devons redevenir actrices de nos accouchements, actrices de la manière dont nous souhaitons être accompagnées, actrices des changements plus que nécessaires dans ce genre de maternités.

Anne-Laure Brunelle

Et vous ? Dans quel genre de maternités avez-vous accouché ? Comment avez-vous trouvé l’accompagnement qu’on vous a proposé ? Partagez votre expérience avec la communauté des naturelles mamans !


Sources :

(1) Minou Azoulay, Ne Tirez plus sur l’hôpital, Éditions Hugo Doc, janvier 2019.

(2) https://www.atlantico.fr/decryptage/657019/l-accouchement-est-il-surmedicalise–nathan-wrobel

4 thoughts on “Usines à bébés : pourquoi vous ne devriez pas y accoucher

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    4 March 2019 at 18 h 56 min
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    Merci beaucoup pour cet article qui me fait du bien. Quand j’entends certains qui disent qu’elles sont rassurées d’accoucher dans une maternité de niveau 3, je me dis qu’elles ne connaissent pas encore la réalité de ces maternités et qu’elles vont vite déchanter. Une fois qu’elles y auront accouché, elles ne voudront plus jamais y retourner. Les salles de naissance de cette mater sont en sous-sol et font effectivement l’effet d’une usine à bébés où tout est standardisé, où les femmes sont traitées comme des poules pondeuses de batterie qui doivent toutes accoucher pareil. Et si vous avez le malheur de demander un truc qui sort de leurs normes, vous vous faites renvoyer paître, parfois méchamment, par des soignants épuisés et trop sollicités… Vivement que ça change. Mais est-ce qu’on va dans le bon sens avec la fermeture de toutes les maternités de proximité ? C’est pas gagné !

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      4 March 2019 at 20 h 47 min
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      Elles sont malheureusement nombreuses les maternités qui ne respectent pas les « souhaits » des parents. J’ai accouché dans une petite maternité de province et je n’ai pas été mieux traitée que dans cette usine à bébés comme vous dîtes. Je voyais bien que les sages-femmes étaient énervées que j’ai refusé la péridurale malgré leur très forte insistance. Et elles ne m’ont pas soutenue plus, elles m’ont laissée complétement livrée à moi-même et ont fini par me dire que j’aurais dû avoir la péri et que j’étais irresponsable… Tellement dur d’entendre ça je vous assure. Dans un moment de grande fragilité où les hormones travaillent et nous rendent sensibles, je me serais bien passée de leurs critiques. Heureusement pour moi j’ai un mari en or qui a fait le job à leur place et m’a soutenue comme un viking. Il m’a donné toute sa force et on y est arrives tous les deux, donc pour le deuxième je suis maintenant convaincue que je veux accoucher à la maison.

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    4 March 2019 at 20 h 21 min
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    J’ai accouché dans le même genre de maternité, mais à Lyon. J’avais fait un projet de naissance, qui avait été « approuvé » par les sages-femmes que j’avais vues pendant ma grossesse (jamais la même) et par l’anesthésiste. Mais le jour de mon accouchement, ça a été complètement différent. Non seulement elles n’ont pas pris la peine de le lire soi-disant parce qu’elles étaient en sous effectif zt débordées mais en plus elles ont fait des actes sans me prévenir dont une perfusion de synto sans me demander mon avis alors que j’avais noté que je n’en voulais pas.

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    4 March 2019 at 20 h 35 min
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    Je suis bien d’accord avec vous, il ne faut pas « taper » sur le personnel soignant qui donne énormément de leurs temps avec, la plupart du temps, beaucoup d’humanité pour le bien-être de leurs patients. Mais l’hôpital va mal… Et ça n’a pas l’air de s’améliorer avec le temps puisque les seuls qui faisaient bien le job, les petites maternités, ferment les unes après les autres. J’ai eu la chance d’y travailler en tant qu’agent soignante il y a 10 ans et je n’aurais jamais échange ma place pour rendre au monde avec une grande maternité comme celle-ci dont vous parlez.

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