Quand on a déjà vécu un accouchement prématuré, la grossesse qui suit s’accompagne souvent d’une vraie angoisse : « Est-ce que ça va recommencer ? » Une étude japonaise publiée fin mars 2026 dans l’American Journal of Obstetrics & Gynecology apporte un vrai espoir aux femmes enceintes grâce à une souche de probiotiques aux effets prometteurs : Clostridium butyricum.
Pourquoi cette étude change de perspective
La récidive d’accouchement prématuré est une réalité qui touche de nombreuses femmes : environ 30 % des femmes qui ont déjà accouché prématurément revivent cette expérience lors d’une grossesse ultérieure, selon les données mondiales. Mais une nouvelle étude menée au Japon vient apporter un vrai espoir aux femmes à risque.
Les chercheurs, menés par le Dr Satoshi Yoneda et le Dr Shigeru Saito de l’Université de Toyama, sont partis de cette hypothèse : certaines souches probiotiques, notamment Clostridium butyricum, favoriseraient la production de lymphocytes T régulateurs, des cellules immunitaires qui jouent un rôle clé dans le maintien de la tolérance materno-fœtale et, donc, dans la poursuite de la grossesse jusqu’à terme.

Comment l’étude a été menée
Il s’agit d’un essai clinique prospectif mené dans 31 hôpitaux japonais entre mai 2021 et octobre 2024, incluant des femmes de 18 à 43 ans ayant déjà connu un accouchement prématuré spontané. Les participantes ont reçu, par voie orale, une association de trois souches probiotiques :
- Clostridium butyricum (10 mg par comprimé)
- Enterococcus faecium (2 mg par comprimé)
- Bacillus subtilis (10 mg par comprimé)
Le traitement débutait entre 10 et 14 semaines de grossesse et se poursuivait jusqu’à 36 semaines et 6 jours, soit quasiment jusqu’au terme.
Un taux de récidive d’accouchement divisé par deux grâce aux probiotiques
Sur 343 femmes enceintes suivi, 315 ont pu être incluses dans l’analyse finale. Les résultats observés :
- Récidive avant 37 semaines : 14,9 % des femmes (47 sur 315), contre 22,3 % attendu selon les données historiques japonaises. Une différence jugée statistiquement significative.
- Récidive avant 34 semaines : seulement 3,5 % des femmes (11 sur 315).
- Récidive avant 28 semaines, chez les femmes ayant un antécédent d’accouchement extrêmement prématuré : 1,5 % seulement (soit une seule femme sur 65).
- Aucun décès in utero n’a été recensé après 22 semaines de grossesse.
- Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté, et les effets secondaires légers observés correspondaient à ce qui était attendu avec ce type de complément.
Autrement dit, le taux de récidive a quasiment été divisé par deux par rapport à ce qu’on aurait pu attendre statistiquement, avec un profil de tolérance qui semble rassurant.

Ce que ça signifie si vous êtes à risque d’accouchement prématuré
Il est tentant de voir dans ces résultats une révolution pour les futures mamans à risque d’accouchement prématuré.
Mais la prudence scientifique s’impose, et les auteurs eux-mêmes le rappellent en conclusion de leur article : ces données, bien qu’encourageantes, doivent encore être confirmées par un essai contrôlé randomisé, avec un groupe comparatif suivi dans les mêmes conditions au même moment.
Sans cela, on ne peut pas complètement exclure que d’autres facteurs (amélioration générale du suivi médical, effet du simple fait d’être surveillée de près dans le cadre d’une étude, évolutions plus larges des pratiques obstétricales entre les périodes comparées) aient contribué aux bons résultats observés.
Ce que cette étude offre donc, à ce stade, c’est une piste sérieuse et un signal positif fort pour les femmes enceintes à risque d’accouchement prématuré, pas encore une certitude clinique définitive.
Certaines souches de probiotiques avaient été identifiées pour leur effet préventif sur les accouchements prématurés dans des études précédentes
L’étude japonaise de 2026 n’est pas la première à explorer le lien entre les probiotiques et la prévention de la prématurité. Plusieurs travaux, menés depuis une quinzaine d’années dans différents pays, avaient déjà posé les jalons de cette piste.
Une grande étude de cohorte norvégienne (2) publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition avait suivi près de 19 000 femmes enceintes, dont 950 ayant accouché prématurément, en analysant leurs habitudes alimentaires via un questionnaire de fréquence. Les chercheurs ont observé qu’une consommation régulière de produits laitiers riches en probiotiques (yaourts et laits fermentés contenant des lactobacilles) était associée à une réduction du risque d’accouchement prématuré, avec un effet d’autant plus marqué chez les femmes qui en mangaient régulièrement.
D’autres équipes ont testé les probiotiques dans des essais contrôlés randomisés, considérés comme la référence en recherche clinique. Une étude brésilienne publiée dans la revue Trials (3) a testé des lactobacilles chez des femmes présentant une vaginose bactérienne asymptomatique (un facteur de risque connu de prématurité). Les résultats ont montré une tendance favorable, mais sans atteindre le seuil de signification statistique, faute d’un échantillon suffisamment large pour conclure avec certitude.
Une revue Cochrane sur le sujet (4) ainsi qu’une synthèse publiée dans la revue Frontiers (5) aboutissent à des conclusions similaires : les probiotiques semblent prometteurs pour agir sur les mécanismes impliqués dans la prématurité (déséquilibre du microbiote vaginal, inflammation), mais les données manquent encore pour l’affirmer avec certitude à grande échelle.
Faut-il vous lancer et prendre ces probiotiques si vous avez déjà vécu un accouchement prématuré ?
Les souches et dosages utilisés dans cette étude sont précis, encadrés médicalement, et intégrés dans un protocole de suivi rigoureux. Si vous avez un antécédent d’accouchement prématuré et que cette étude vous parle, je vous encourage à en discuter avec votre gynécologue-obstétricien ou votre sage-femme dès le début de votre grossesse. Ils pourront évaluer si une supplémentation en probiotiques, ou d’autres stratégies de prévention déjà validées (progestérone, cerclage, suivi rapproché de la longueur du col…), sont adaptées à votre situation.
Comment choisir vos probiotiques si vous vous intéressez à la souche butyrate
Si cette étude vous donne envie d’en savoir plus sur les probiotiques producteurs de butyrate, quelques repères pratiques peuvent vous aider à décrypter les étiquettes.
Vérifiez la souche précise, pas seulement l’espèce. En matière de probiotiques, les effets observés dans les études sont spécifiques à une souche donnée, pas à l’espèce bactérienne dans son ensemble. Pour Clostridium butyricum, la souche la plus documentée et la plus largement étudiée est la souche japonaise MIYAIRI 588, aussi commercialisée sous l’appellation CBM588®. C’est cette souche qui a servi de base à la plupart des recherches cliniques japonaises sur le sujet, y compris dans des contextes de santé digestive et immunitaire. Un produit qui affiche simplement Clostridium butyricum sans préciser la souche n’offre aucune garantie d’équivalence avec les souches étudiées.
Regardez le dosage en UFC (unités formant colonies). Un probiotique efficace doit afficher clairement sa concentration en UFC par dose, garantie jusqu’à la date de péremption et non seulement au moment de la fabrication.
Privilégiez les produits au statut réglementaire clair. En Europe, la souche CBM588® a obtenu le statut Novel Food, qui impose une évaluation de sécurité par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avant commercialisation. C’est un gage de traçabilité et de contrôle qualité, même si ce statut ne constitue pas une allégation santé validée pour la prévention de la prématurité.
Quelques exemples de produits disponibles sur le marché contenant la souche CBM588® (à titre informatif, sans lien avec l’étude japonaise qui a utilisé sa propre formulation encadrée médicalement) : Teoliance CBM588® du laboratoire Therascience, Permeabiane Butyrate LP chez Pileje ou Butirrisan du laboratoire Pharmextracta.
Mais gardez bien en tête que cette étude a testé une association précise de trois souches de probiotiques, à un dosage précis, dans un cadre médical encadré. Reproduire cette association chez vous sans accompagnement ne garantit ni la même efficacité, ni la même sécurité. La meilleure façon d’explorer cette piste reste d’en parler avec votre médecin ou votre sage-femme qui pourra, le cas échéant, orienter vers une supplémentation adaptée à votre situation.
Anne-Laure Wright
Sources
(1) Yoneda S, Akamata N, Nakamura M, et al. Prevention of recurrent spontaneous preterm delivery using probiotics: results from a prospective, single-arm, multicenter trial. American Journal of Obstetrics & Gynecology, mars 2026. DOI : 10.1016/j.ajog.2026.02.027
(2) Myhre R, Brantsæter AL, Myking S, et al. Intake of probiotic food and risk of spontaneous preterm delivery. American Journal of Clinical Nutrition, 2011;93(1):151-157. DOI : 10.3945/ajcn.110.004085
(3) Krauss-Silva L, Moreira MEL, Alves MB, et al. A randomised controlled trial of probiotics for the prevention of spontaneous preterm delivery associated with bacterial vaginosis: preliminary results. Trials, 2011;12:239.
(5) Arboleya S, Rios-Covian D, Maillard F, Langella P, Gueimonde M and Martín R (2022) Preterm Delivery: Microbial Dysbiosis, Gut Inflammation and Hyperpermeability. Front. Microbiol. 12:806338. doi: 10.3389/fmicb.2021.806338

Cet article a été rédigé à partir de l’étude « Prevention of recurrent spontaneous preterm delivery using probiotics: results from a prospective, single-arm, multicenter trial », publiée dans l’American Journal of Obstetrics & Gynecology (mars 2026), ainsi que des études antérieures citées ci-dessus. Il est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
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