On en parle bien moins que du fer, pourtant les effets de la vitamine D pendant la grossesse sont tout aussi documentés. Une nouvelle étude de l’Université de Southampton le prouve : se supplémenter en vitamine D pendant la grossesse peut notamment renforcer la densité osseuse des enfants jusqu’à 7 ans. Dans cet article, je fais le point sur ce que la recherche dit vraiment au sujet des effets de la vitamine D pendant la grossesse. Et ce que votre médecin ne vous a peut-être jamais demandé.
À chaque rendez-vous de suivi de grossesse, vous y avez droit : avez-vous fait votre bilan de fer ? Prenez-vous du fer ? Votre taux de fer est-il suffisant ? Le fer, le fer, le fer.
Alors oui, l’anémie ferriprive chez la femme enceinte est un sujet sérieux. Mais pendant qu’on se focalise sur lui, une autre carence, tout aussi répandue et aux conséquences tout aussi lourdes, passe presque inaperçue : celle en vitamine D.
Les chiffres sont pourtant accablants. À l’échelle mondiale, 54 % des femmes enceintes présentent un déficit en vitamine D. (1)
En Europe, la situation n’est guère mieux : 45 % des femmes enceintes en Belgique, 44 % aux Pays-Bas et 35 % au Royaume-Uni ont un statut insuffisant en vitamine D. (2)
Une femme enceinte sur deux, donc. Sans que personne ne s’en alarme vraiment.
Ce que fait vraiment la vitamine D pendant la grossesse

La vitamine D n’est pas une vitamine comme les autres. C’est une prohormone qui orchestre des dizaines de processus biologiques dans l’organisme. Pendant la grossesse, son rôle devient encore plus critique.
Dès 12 semaines de grossesse, la concentration de calcitriol – la forme active de la vitamine D – est au moins deux fois plus élevée chez la future maman que chez une femme qui n’est pas enceinte.
L’organisme d’une femme enceinte fait face à une demande biologique colossale, et le moindre déficit se répercute directement sur le fœtus.
Les conséquences documentées d’une carence sont multiples. Un manque de vitamine D chez la femme enceinte augmente le risque de prééclampsie, de diabète gestationnel, de déséquilibre de la flore vaginale, de bébé de faible poids à la naissance et d’accouchement prématuré. (3)
Et ce n’est pas tout : les femmes supplémentées en vitamine D seraient même plus susceptibles d’accoucher par voie basse spontanée – un bénéfice encore mal expliqué, mais observé à plusieurs reprises. (4)
L’étude qui change tout : des os plus solides… à sept ans
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle étude britannique vient apporter une preuve supplémentaire, et particulièrement frappante, de l’importance de la vitamine D pendant la grossesse.
Publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition et menée par l’Université de Southampton, elle pose une question simple : les bénéfices d’une supplémentation en vitamine D pendant la grossesse durent-ils dans le temps ?
La réponse est oui – et bien au-delà de ce qu’on espérait.
Tout commence en 2009, avec le lancement de l’étude MAVIDOS : plus de 1 000 femmes enceintes recrutées dans trois villes britanniques : Southampton, Oxford et Sheffield. Le protocole est rigoureux. La moitié des participantes reçoit 1 000 unités internationales de vitamine D supplémentaire par jour. L’autre moitié avale un placebo. Ni les femmes, ni les médecins, ni les sages-femmes ne savent qui reçoit quoi.
Quelques années plus tard, premier constat : à quatre ans, les enfants nés de mères supplémentées affichent une masse osseuse significativement supérieure. Leurs os contiennent davantage de calcium et de phosphore, les deux grands bâtisseurs du squelette.
Mais la vraie question restait entière : cet avantage allait-il s’estomper avec le temps ?
La Dr. Rebecca Moon, chargée de cours en santé de l’enfant à Southampton, a mené le suivi de 454 enfants de six à sept ans pour le découvrir.
Les scanners de densité osseuse ont rendu leur verdict : l’avantage osseux est toujours là à sept ans, intact, aussi net qu’à quatre ans. Les os de ces enfants sont plus denses, plus solides, et statistiquement moins susceptibles de se fracturer au cours de leur vie.
Quelques gouttes de vitamine D pendant neuf mois. Des os plus solides sept ans plus tard.
Des effets qui vont bien au-delà des os
Au fil des années, l’équipe de Southampton a continué à analyser les données de l’étude MAVIDOS et les découvertes se sont accumulées, toutes dans le même sens.
En 2018, les chercheurs ont démontré que la supplémentation modifiait l’activité de certains gènes appartenant à la voie métabolique de la vitamine D, un mécanisme épigénétique qui pourrait expliquer la persistance des effets à long terme.
En 2022, ils ont montré que les bébés nés de mères supplémentées avaient des risques substantiellement réduits de développer de l’eczéma atopique au cours de leur première année de vie, une maladie inflammatoire chronique qui touche jusqu’à 20 % des nourrissons en Europe occidentale.
Le tableau qui se dessine est cohérent : la vitamine D pendant la grossesse ne protège pas seulement les os. Elle programme, en quelque sorte, le système immunitaire et le métabolisme de l’enfant à naître.
Alors pourquoi personne ne parle de l’importance de la vitamine D pendant la grossesse ?
Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires recommandent désormais systématiquement la supplémentation en vitamine D à toutes les femmes enceintes. En Europe, les recommandations existent, mais leur application reste très inégale sur le terrain. Et surtout, le dépistage de la carence n’est pratiquement jamais proposé en routine.
On dose le fer. On surveille la glycémie. On mesure la tension. Mais le taux de vitamine D ? Presque jamais.
Pourtant, le geste est simple. Le flacon de vitamine D, peu coûteux. Et le bénéfice, lui, se compte en années – peut-être en décennies – autant pour notre santé que pour celle de nos enfants.
Comment maintenir un bon taux de vitamine D pendant la grossesse ?
Plusieurs leviers existent et idéalement, vous pouvez les combiner pour avoir de bons apports en vitamine D pendant votre grossesse :
Le soleil, oui, mais pas suffisant seul : Sous nos latitudes, l’ensoleillement ne suffit pas à couvrir les besoins d’une femme enceinte, même en été. Des expositions courtes et régulières restent utiles, mais attention : le masque de grossesse est une réalité, et une exposition excessive au soleil peut l’aggraver.
L’alimentation : Certains aliments sont naturellement riches en vitamine D et méritent une place régulière dans votre assiette : les poissons gras en tête de liste – saumon, truite, maquereau, hareng, sardine, thon – qu’ils soient frais ou en conserve. Le jaune d’œuf en contient également, en quantité plus modeste.
La supplémentation : Pour beaucoup de femmes enceintes, l’alimentation et le soleil ne suffisent pas. Les compléments alimentaires permettent d’ajuster précisément les apports quotidiens et d’éviter les à-coups.
Côté dosage, un essai clinique américain a comparé trois niveaux de supplémentation : 400 UI, 2 000 UI et 4 000 UI par jour.
Résultat : la dose de 4 000 UI s’est révélée la plus efficace pour atteindre un statut optimal, aussi bien chez la mère que chez le nouveau-né. Une analyse ultérieure du même essai a montré que les femmes ayant reçu 4 000 UI présentaient moins de complications : prééclampsie, diabète gestationnel, naissances prématurées et infections étaient toutes moins fréquentes.
En pratique, des compléments à base de vitamine D3 – généralement dérivée de lanoline de laine de mouton ou de lichen – sont disponibles en pharmacie sans ordonnance. Privilégiez des marques établies pour garantir la fiabilité du dosage.
Une limite à garder en tête : à très forte dose, la vitamine D peut agir comme un perturbateur endocrinien. Le seuil de sécurité communément admis est de 10 000 UI par jour, un plafond à ne pas dépasser.
Et vous ? Avez-vous fait une cure de vitamine D pendant votre grossesse ? Qui vous l’a conseillée ? Est-ce qu’on vous a parlé d’une éventuelle carence en vitamine D et de ses conséquences possible ? Partagez votre expérience avec la communauté des naturelles mamans dans les commentaires ci-dessous.
Anne-Laure Wright
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