Bonjour et bienvenue chez Naturelle maman !27 septembre 2021
Récit d'accouchement physiologique

Manon « Je suis très heureuse et fière de mon accouchement »

Vivre son premier accouchement comme un passage de flambeau, une étape initiatique et une entrée puissante dans le monde des mères. C’est par ces mots que Manon décrit son magnifique accouchement, qu’elle a vécu entourée de l’amour de son compagnon, Yann, et de sa maman.

« Je me suis rappelée à quel point à la fin de la grossesse, j’étais friande de ces récits d’accouchement qui me donnaient le sentiment de savoir à quoi je me préparais, et aussi à quel point leur lecture était éloignée et proche de ma réalité. C’est pour cette raison que je partage mon expérience avec vous aujourd’hui.

Je suis pleine d’admiration pour les mamans, qui dès leur accouchement passé, parviennent à en faire le récit ici.

Pour ma part, mon petit garçon est né le samedi 13 juin 2020, et il m’aura fallu 4 mois et demi pour venir à bout de mon texte commencé début juillet – avec l’espoir qu’il donne courage et espoir aux mamans en devenir qui attendent le grand jour, et qu’il soit une lecture positive pour les autres.

Mon terme était prévu pour le 16 juin, et en dehors d’un diabète gestationnel géré sous régime tout au long de la grossesse, celle-ci s’est déroulée sereinement.

J’ai passé mon dernier trimestre confinée avec le papa, ce qui a été d’un très grand réconfort, et nous avons pu ensemble préparer la venue du bébé et l’accouchement avec l’aide du programme Naissance douce.

Le lundi 8 juin, j’ai eu mes premières contractions dans la soirée

Rien de très douloureux ni régulier, mais une petite mise en garde qui m’a poussée à finir ma valise pour la maternité, même si cela aurait dû être fait depuis longtemps !

La semaine s’est déroulée tranquillement, j’ai profité du déconfinement pour passer des moments en amoureux et en famille sans ressentir plus de signes d’un début du travail.

Je n’en consommais pas moins des dattes et de l’infusion de feuilles de framboisier chaque jour, doucement inquiète d’un déclenchement qui aurait pu compromettre notre projet d’une naissance physiologique.

Après une soirée en terrasse le vendredi 12 juin, nous rentrons nous coucher, innocents et sereins.

Ce n’est que vers 3h du matin que je me réveille avec un mal de ventre.

Je vais aux toilettes, laisse passer trente minutes en buvant de l’eau, marche un peu, afin de voir si ce qui ressemble de plus en plus à des contractions va passer.

Vers 3h30, la douleur se fait plus intense

Je réveille mon conjoint qui dort sereinement à côté de moi en lui disant que je crois avoir des contractions, et que ça n’a pas l’air de passer.

Je me lève, car la position couchée ne me va pas du tout et reste assise à côté de lui.

Nous discutons un peu et il commence à chronométrer les contractions.

Peu à peu, nous sentons monter l’excitation.

Même si le rythme n’est pas régulier encore, les sensations sont bien plus intenses que la première fois.

Très rapidement, je commence à avoir mal, vraiment mal.

Il faut savoir que je me considère comme une personne assez douillette, et que nous sommes bien briefés tous les deux sur les différents stades du travail.

Nous sommes bien décidés aussi à ne pas partir trop tôt pour la maternité afin de ne pas stopper les contractions.

Je m’efforce donc de respirer, de me concentrer sur le bébé, sur Yann – mon conjoint – comme nous l’avons vu dans nos séances d’haptonomie.

La douleur ne fait que croître.

« Je pense que ce qui rend le premier accouchement si effrayant, si compliqué, c’est la totale nouveauté des sensations que nous découvrons »

Il me faut du temps pour être tout à fait certaine que ce que je ressens est bien une contraction, et je suis très inquiète à l’idée que l’intensité de ce que j’éprouve ne soit que le début du travail…

J’ai déjà très mal, de plus en plus mal même, et je ne vois pas bien quels paliers supplémentaires je vais pouvoir supporter sans demander une péridurale dès que j’aurais mis le pied à la clinique.

C’est pourtant bien loin de ce que je souhaite.

Je me résous à prendre une douche chaude, puis un bain, même si je me fustige en me disant qu’il est encore bien tôt, et que nous risquons de ne pas partir à la clinique avant 6 heures, voire plus.

La douche me soulage un peu, je passe ensuite au bain, mais la position à demi-assise, à demi-allongée m’est insupportable.

Je commence à sentir une intense envie de pousser, qui n’est pas sans m’inquiéter.

Je m’installe sur les toilettes, penchée en avant et je me sens mieux ainsi, d’autant que les contractions font leur œuvre et que mon corps se prépare à l’accouchement sur le plan intestinal également.

Je ressens très vite le besoin de crier, l’envie de pousser se fait très pressante.

C’est le moment où je me sens le plus perdue.

Mon corps m’échappe, j’ai du mal à accueillir sereinement les contractions, et rien de ce que nous avons préparé à deux, avec le programme, avec notre sage-femme ne me paraît propice à m’aider.

Je ne fais que répéter : « Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi faire… »

Et c’est vrai ! J’ai un moment de découragement, là, en pleurs, nue sur les toilettes, avec Yann à genoux devant moi.

Il m’a dit après la naissance qu’à ce moment-là, il avait eu vraiment peur.

Je lui dis que je ne vais pas y arriver, que c’est trop dur.

Je pleure, il a les yeux humides mais parvient à me dire que tout va bien se passer, que je m’en sors bien, qu’il est là, qu’il m’aime.

Le moment passe avec la contraction suivante.

Yann, à ma demande, va réveiller ma mère qui est là depuis une semaine pour m’aider à finir les préparatifs.

Nous avions convenu tous les trois qu’au début du travail, elle partirait pour nous laisser tous les deux, mais je suis plus qu’heureuse qu’elle soit encore là.

Elle sort de sa chambre, avec l’air de quelqu’un qui faisait les cent pas depuis un moment déjà : il faut dire que je n’arrive plus à subir les contractions en silence depuis un moment maintenant.

Elle me voit sur les toilettes, et elle m’a dit ensuite qu’elle avait vraiment eu peur : j’ai l’air de souffrir vraiment intensément – et comment ! – et elle imagine déjà son premier petit-enfant tomber dans la cuvette dans un plouf retentissant.

Elle prend le relais, me propose le canapé du salon, y jette une alèse, un drap, et m’aide à me lever.

Pendant ce temps, Yann court pour finir la valise, trouve le moyen de me masser le dos, de me caresser le front, de me sourire en même temps.

Une contraction plus forte m’arrête en route : je ne rejoindrai pas le canapé avant de partir à la maternité !

Je me retrouve sur une serviette, à quatre pattes, avec ma mère qui me mouille le front d’un gant de toilette.

J’ai besoin de pousser d’une façon de plus en plus intense, mais je parviens à m’apaiser un peu : la position me donne un étrange sentiment de contrôle que je n’avais pas auparavant, aussi peu élégant qu’il soit d’être nue, agenouillée dans le couloir devant ma mère et Yann.

A cet instant, cela n’a plus aucune importance.

Je me concentre sur ma respiration, je puise dans le regard de ma maman du courage : elle sait.

Elle sait ce que je traverse, elle connaît cette douleur que je découvre, elle se souvient sans nul doute de ma naissance, du caractère incontrôlable, incompréhensible de ce grand chambardement qu’est un accouchement.

Je sens dans ses mots, ses gestes, tout son amour et même alors que je suis absorbée par autre chose – c’est peu dire – je sais au fond de moi que personne ne pourra nous prendre ce moment partagé toutes les deux, entre mère et fille.

Je le vis comme un passage de flambeau, une consécration, une entrée dans l’univers des mères auquel j’aspirais depuis longtemps sans en mesurer toute la réalité et l’ampleur.

C’est beau, c’est puissant, et à ce moment, toutes les larmes se mêlent : nous allons rencontrer notre bébé, enfin.

Ma mère, forte de son expérience, est un peu inquiète : j’ai l’air d’avoir très mal, et cette envie de pousser n’est pas anodine.

Yann appelle la clinique où je dois accoucher.

Il est à ce moment 5h30. Il dit que les contractions ont commencé il y a deux heures environ, que j’ai très mal.

Ma mère lui fait des signes : « Dis-lui qu’elle a envie de pousser ! » Yann s’exécute.

La sage-femme lui répond calmement qu’ils nous attendent, mais elle semble sereine.

Elle lui a demandé si c’était un premier accouchement, et Yann n’a pu dire que oui.

Sans doute qu’elle imagine une primipare paniquée aux premières contractions.

Nous appelons notre amie qui doit nous emmener à la clinique : elle habite à cinq minutes, la clinique est à cinq minutes en voiture.

Cela fait trois semaines qu’elle dort avec son téléphone allumé sous son oreiller.

Quand Yann la réveille, elle dit qu’elle arrive, et en effet, dix minutes après, elle est en bas !

Pour un peu, nous aurions eu l’impression qu’elle s’était endormie au volant, prête à partir.

De mon côté, je suis toujours agenouillée, je respire mieux, je me laisse un peu portée par la vague plutôt que de lui résister.

Je n’ai plus vraiment conscience du temps qui passe.

Quand Yann me dit que mon amie nous attend en bas, ma mère et lui m’aident à me lever, et là ma poche des eaux se rompt.

Je m’habille, ou plutôt, on m’habille entre deux contractions d’une robe longue, je coince une serviette entre mes cuisses, car le liquide amniotique s’écoule toujours et je me dirige clopin-clopant vers l’ascenseur, bien contente de ne pas avoir sept étages à descendre à pied.

Mon amie est là, dans sa voiture, un sourire aux lèvres.

Elle a installé un sac plastique sur le siège avant, nous partons rapidement.

Je laisse ma mère les yeux pleins de larmes.

Je n’ai pas trop le temps de m’attarder sur mes émotions, les contractions reviennent régulièrement, douloureuses toujours.

Je respire, nous respirons en cœur dans la voiture, Yann me masse les épaules.

L’arrivée à la maternité

Nous arrivons à la clinique, je parviens même à monter les quelques marches qui nous séparent de l’entrée, faisant un pied de nez à l’ascenseur : le mouvement me distrait.

A l’accueil, pas très alerte, un agent de sécurité est installé dans son box vitré.

Pas de fauteuil roulant, de sage-femme, juste nous deux, nos bagages et mes contractions.

L’agent nous dit : « Suivez les flèches, c’est par là. »

Yann et moi nous regardons, un peu perplexes.

Une contraction dans le hall pourtant assez coriace ne semble pas instiller une once d’inquiétude dans l’esprit de celui qui nous accueille.

Nous entamons donc un périple à travers les couloirs déserts de l’hôpital en quête des salles d’accouchement.

Forcée de faire des pauses, je me cramponne à Yann qui me serre de toutes ses forces dans ses bras : il est mon roc, il me presse contre lui, la contraction passe, et nous reprenons notre route.

Je me dis que je vais réveiller toute la clinique sur mon chemin, mais je ne peux pas serrer les dents, la douleur est trop intense.

Après avoir monté un étage, pris à droite plutôt qu’à gauche, nous nous retrouvons enfin devant la porte fermée de l’espace Maternité et Yann sonne.

Moi je m’accroche aux fauteuils, je gère les contractions tant que possible.

Une sage-femme vient ouvrir et nous demande si c’est bien nous qu’elle a eu au téléphone il y a vingt minutes.

Yann confirme, et nous lisons sur le visage de la sage-femme que ce n’était pas tout à fait ce à quoi elle s’attendait.

Rapidement, on m’installe en salle de travail. Elle est grande, assez froide.

Exit la salle nature dont je rêvais, exit les ballons, suspensions, baignoire…

Je m’installe péniblement sur la table d’examen, la sage-femme prend la mesure de la situation, relève la tête et nous dit :

« Mais… Il est là votre bébé… Je comprends mieux pourquoi je vous ai entendue crier… »

Elle a l’air un peu sonné : « Vous allez être ma neuvième naissance de la nuit. Bon, j’appelle mes collègues, ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. »

Les contractions ne se sont pas arrêtées.

Avec ce recul de quelques mois, cela ne me paraît pas si terrible qu’au début : peut-être que je m’étais déjà habituée, ou que je me sentais rassurée que le travail soit plus qu’entamé déjà.

Chez moi, livrée à ces premières contractions de toute une vie, je ne pouvais m’empêcher de craindre que ce que je ressentais ne soit que le début de ma douleur.

Là, sur cette table dont un des étriers ne cesse de tomber sur le côté, avec Yann qui me tient la main, la proximité de la rencontre avec notre enfant est tellement réelle.

Les renforts arrivent rapidement, je pousse une fois et la sage-femme invite Yann à venir voir la tête chevelue de notre bébé.

J’ai intériorisé ensuite les cris rauques qui me venaient au bord des lèvres, j’ai gardé tout mon air, toute ma force pour la diriger vers mon bébé, pour le pousser, le guider vers la sortie.

J’ai vraiment eu le sentiment que nous travaillions ensemble, tous les trois : son papa, lui et moi.

Et il était bien décidé à ne pas traîner !

En quelques poussées supplémentaires, trois ou quatre, pas plus, il était là, la peau bleutée, sanguinolent et couvert de vernix, sur mon ventre.

Nous n’avons pas du tout réalisé tout de suite que ce petit être que nous couvions d’amour depuis neuf mois était sorti, qu’il nous avait rejoint dans le monde.

Nous avons même oublié de demander le sexe à la sage-femme : nous avions décidé de garder la surprise.

A 6h24, un peu moins de 3h30 après la première contraction, nous sommes devenus parents.

Récit d'accouchement sans péridurale
Les premiers instants de Manon avec son bébé à la maternité.

J’ai été recousue pour une petite déchirure, parce que bon, 4,220 kg et 51 cm en cinq poussées, c’était plutôt brutal, et je dois avouer que c’est ce qui m’a paru le plus pénible.

Je suis très heureuse et très fière de mon accouchement.

Moi qui redoutais ce moment de la grossesse depuis toujours, qui craignais la douleur et pensais ne pouvoir l’endurer, j’ai mené à bien mon projet d’une naissance physiologique dans des conditions quasi-idéales et avec une rapidité assez exceptionnelle aux dires du personnel médical.

Je précise que si je souhaitais une naissance la plus naturelle possible, ce n’était pas le cas au début de ma grossesse : j’avais d’ailleurs bien convenu avec Yann que le plus important en dehors de la santé du bébé était de ne pas sortir traumatisés de cet accouchement.

S’il l’avait fallu, j’aurais pris la péridurale et accepté toute l’aide nécessaire.

Pour le coup, personne dans la salle de travail ne l’a même mentionnée, tant le temps manquait.

J’ai toutefois mis plusieurs jours à réaliser que j’avais accouché et que mon accouchement ne s’était pas passé comme je l’avais prévu.

Même en voulant ne pas trop projeter, j’avais imaginé un travail plus long (ce que toute sage-femme décrit pour une première grossesse), une épreuve à affronter à deux – à trois, une course d’endurance contre la douleur, les fondations de notre famille à venir.

Nous avions préparé des huiles, des massages, des stratégies contre la douleur, des positions… mais nous n’avons pas du tout eu le temps de les mettre en place.

Je suis toutefois bien certaine que toute cette préparation et la sérénité qu’elle m’a apportée, la confiance que j’ai en Yann, en mon corps, en mon bébé aussi ont permis cet accouchement si rapide.

Preuve supplémentaire s’il en est besoin que c’est bébé et la nature qui décident plus que nous, aussi préparés que nous puissions être !

S’il y a un moment où chercher à avoir le contrôle sur soi et sur les circonstances est futile et inutile, c’est bien celui où l’on donne la vie.

Je trouve incroyable qu’un évènement puisse être à la fois si universel et si intime, si violent et si doux.

Comment ne pas se sentir, après avoir vécu cela, reliée au Féminin en général, à toutes celles avant nous, après nous et avec nous qui découvrent les joies de la maternité.

Merci à ceux qui m’auront lue jusque-là, mais aussi à Naturelle Maman et à Elisabeth, dont les conseils et la bienveillance ont participé à ce moment merveilleux. » – Manon


5 Comments

  1. Monilla Reply

    Je vous lis enceinte de 39 semaines, plus proche que jamais de la naissance de mon fils et en train d’y penser nuit et jour. Et votre témoignage m’a fait un bien fou, j’avoue il me fait même carrément rêver ! C’est mon premier accouchement aussi et jamais je n’aurai cru possible de pouvoir le faire si vite, j’espère tellement avoir la même chance que vous. Merci beaucoup d’avoir partagé votre expérience.

    1. Manon Reply

      Je suis très heureuse de vous lire et de savoir que mon récit a pu vous faire du bien. J’ai tellement éprouvé la même chose en lisant d’autres récits avant mon terme que ça me paraissait important de partager.
      Mes pensées et tout mon soutien vois accompagnent.
      Nous sommes bien plus fortes que nous le pensons ! ❤️

  2. Virginie Reply

    Merci infiniment Manon, je vous ai lue cette nuit (insomnies…). Ma date de terme est dans 10 jours et même si je suis plutôt zen en temps normal, je commence à avoir des moments où je suis tétanisée par l’angoisse de l’accouchement. Vous lire m’a apaisée et remise « dans le droit chemin » vers mon accouchement. Je me sens maintenant confiante et je crois que je vais vous relire à chaque fois que je sentirai l’angoisse revenir pour ne pas l laisser gagner du terrain !

  3. Manon Reply

    On ne saurait faire plus beau compliment ! Je vous envoie mes pensées et mon soutien et vous souhaite une belle naissance en tant que maman !
    Bon courage pour cette dernière ligne droite !

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