Comment la grossesse agit sur votre cerveau (et comment y remédier)

Avez-vous déjà entendu parler du SNU (Syndrome du Neurone Unique) ou du Baby Brain ? Ces termes bizarres désignent la perte de mémoire, de concentration et de repères que connaîtraient les femmes enceintes et jeunes mamans.

Comme j’ai toujours été tête en l’air, je n’ai pas remarqué de baisse de concentration lors de mes grossesses !

Je me rappelle plutôt d’avoir souffert de pertes de mémoire et de vocabulaire lors des premiers mois de mes enfants, mais j’associais ces troubles au manque de sommeil.

Pourtant, de nombreuses mamans parlent de ce phénomène (50 à 80%) (1) et mes amies en témoignent :

  • Une amie m’a dit qu’elle avait laissé 3 fois son sac à main sur le toit de sa voiture ;
  • Une autre a totalement oublié où était garé son véhicule et est allée porter plainte pour vol à la police, avant de se souvenir 3 semaines plus tard du véritable emplacement…
  • Une autre s’est plainte de sa perte de vivacité intellectuelle quand elle était au travail.

Mais alors si autant de femmes ressentent ces symptômes, on peut aussi se poser ces questions, plus ou moins angoissantes :

  • Est-ce qu’il y a vraiment une partie de notre cerveau qui se met en sommeil pendant la grossesse ?
  • Est-ce que l’on perd des neurones ?
  • Si oui, les retrouve-t-on ensuite ?

De nombreuses études scientifiques ont été réalisées sur le cerveau des femmes enceintes.

Je vous propose de vous livrer leurs grands enseignements (parfois très surprenants), puis, quelles que soient les conclusions, de vous donner des exercices et conseils alimentaires pour garder vos capacités intellectuelles au top pendant la grossesse !

Vous êtes prêtes à remuer vos méninges ? C’est parti !

Enceinte, la taille de notre cerveau diminue

Une étude menée par des chercheurs du Hammersmith Hospital en Grande Bretagne a démontré que la taille du cerveau des femmes enceintes diminuait d’environ 4%, pour revenir à sa taille normale environ 6 mois après la naissance du bébé (2).

Cette évolution permettrait à la maman d’être plus apte à percevoir les besoins de son nourrisson, d’être instinctivement en lien avec ses émotions.

On comprend mieux pourquoi au moindre petit gémissement du bébé, une maman sort directement de son sommeil, alors que le papa… dort comme un bébé.

Inversement, des chercheurs australiens (2) ont montré une diminution de l’hippocampe, zone du cerveau en lien avec la mémoire et les capacités de repère dans l’espace.

Ils montrent également que 24 heures après la naissance, l’hippocampe reprend sa taille d’origine (excepté pour les femmes qui allaitent, pour qui le rétablissement est retardé).

Maintenant que l’on sait que notre cerveau subit des évolutions physiologiques, cela veut-il dire pour autant que nos capacités intellectuelles sont atteintes ?

Notre mémoire et notre capacité de repère dans l’espace sont-elles réellement touchées ?

Sur ce sujet, les avis des scientifiques varient :

  • Certains pensent qu’il s’agit tout simplement d’une idée reçue et répandue, qui amènerait les femmes enceintes à prêter plus attention à leurs défauts de mémoire qu’en temps “normal” (3).

 

D’autres pensent qu’il s’agit uniquement du contexte et du mode de vie (4) :

– une femme enceinte et une jeune maman ont un déficit de sommeil qui affectent leur mémoire ;

l’ordre des priorités est bouleversé : la maman va être accaparée par les besoins de son bébé et ainsi délaisser naturellement d’autres sujets ;

– pour celles qui prolongent leur arrêt de travail, le manque d’exercice intellectuel pourrait participer à ce phénomène (j’avoue que cette dernière conclusion a tendance à m’énerver mais je me dois de rester objective et transparente et de vous la retranscrire…).

Une diminution de la mémoire à court terme

modification de la mémoire chez les femmes enceintes
Les études de mémoire ne montrent pas de différences significatives entre les femmes enceintes et les autres. © Kitman DSC

Deux types d’études ont été menées : des questionnaires d’auto-évaluation et des tests de mémoire réalisés sur des femmes enceintes et non enceintes.

Finalement, ce sont davantage les études basées sur l’auto-évaluation des femmes qui montrent que les femmes enceintes perdraient la mémoire : environ ⅔ des femmes qui se sont auto-évaluées déclarent subirent ce désagrément (5).

Les résultats des études fondées sur des tests de mémoire sont plus mitigés.

Notons tout de même les résultats d’une étude australienne menée auprès de 412 femmes enceintes, 272 jeunes mamans et 386 femmes non enceintes (6) :

  • Les femmes enceintes ont montré des résultats équivalents aux autres groupes dans les exercices de mémoire à “long terme” (se rappeler des numéros de téléphone de membres de sa famille ou d’amis).
  • elles ont eu au contraire de moins bons résultats dans la mémorisation de nouveaux éléments (nouveaux numéros de téléphone par exemple). Cela démontre une moindre efficacité de la mémoire dite “de travail”, qui est une sous-partie de la mémoire à court terme.

 

Une perte de reconnaissance spatiale

La mémoire “spatiale” est reliée à l’hippocampe, une région du cerveau qui pourrait être affectée par le niveau élevé d’hormones pendant la grossesse.

Une étude menée par le Bradford Institute for Health Research au Royaume-Uni (7) a comparé les résultats de 23 femmes enceintes et 24 femmes non enceintes sur leur mémoire, leur capacité de reconnaissance spatiale, leur niveau de concentration, leur humeur et leur niveau d’anxiété.

Lors des second et troisième trimestres de grossesse, et durant les 3 premiers mois après l’accouchement, les résultats des femmes enceintes étaient moins bons que ceux des femmes non enceintes sur les exercices de reconnaissance spatiale : 70% vs 80% de réussite.

Ce qu’il faut retenir de l’ensemble de ces enseignements, c’est que si vous souffrez de troubles de la mémoire, ce ne sera que passager :

  • Si la cause est hormonale : vos hormones se stabiliseront quelques mois après l’accouchement ;
  • Si la cause est contextuelle : en grandissant votre bébé restera un de vos sujets principaux d’attention mais vous retrouverez de la place pour bien d’autres centres d’intérêts ;
  • Vous devriez regonfler progressivement votre capital sommeil, indispensable pour retrouver votre vivacité d’esprit d’origine !

 

Comment stimuler votre cerveau

En attendant, il y a des solutions pour prévenir ou diminuer ces désagréments. Des exercices cérébraux ludiques, que je vous livre ci-dessous, permettent de faire travailler votre mémoire, votre concentration, votre logique et votre perception visuo-spatiale.

En complément, certains aliments vous aideront aussi à préserver vos capacités intellectuelles.

Afin de garder une activité cérébrale pendant votre congé maternité, vous pouvez :

  • Réaliser des exercices en ligne :

Voici 3 sites gratuits proposant des exercices validés par des scientifiques :

www.neuronation.fr

www.lumosity.com

www.tv5monde.com/cms/chaine-francophone/jeunesse/Entrainement-cerebral/

  • Acheter des manuels d’exercices cérébraux ;
  • Pratiquer des jeux de logique et de stratégie : échecs, jeu de Memory avec vos plus grands…
  • Pourquoi ne pas vous mettre aux classiques mots croisés, Sudoku…présents dans de nombreux magazines ?
  • Lire : lire est l’exercice cérébral par excellence. Une fois votre bébé arrivé, privilégiez des nouvelles ou des livres organisés en courtes parties indépendantes car vos sessions de lecture risquent d’être entrecoupées !
  • Apprendre : profitez de toutes les opportunités pour exercer votre mémoire. Par exemple, mémorisez votre to-do list, votre liste de course, une poésie, les dates d’anniversaire de vos amis…

 

Apportez les bons nutriments à votre cerveau

De nombreux spécialistes se sont penchés sur les liens entre l’alimentation et le fonctionnement du cerveau. Ils ont prouvé que certains aliments étaient très bénéfiques pour maintenir ou améliorer ses capacités de concentration et de mémorisation (8) :

  • manger des myrtilles améliore la mémoire des femmes enceintes
    Les fruits rouges, notamment les myrtilles, améliorent les fonctions cognitives. © sheesalt

    Les baies (mûres, framboises, groseilles, myrtilles etc..) et les légumes et fruits colorés (tomates, poivrons, carottes, abricots, melon…) riches en antioxydants permettent de prévenir le vieillissement des cellules et une baisse des capacités cognitives et de mémorisation.

Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Cincinnati sur 47 Américains âgés de 68 ans, souffrant d’un léger déclin cognitif, a montré que la consommation de myrtilles (l’équivalent d’une tasse pendant 16 semaines) permettait de stimuler le cerveau et d’améliorer la mémoire.

Ces résultats ont été constatés par les personnes ayant fait partie du test et confirmés par des scans IRM mesurant leur activité cérébrale (9).

Les effets bénéfiques de la myrtille sur la mémoire ont également été montrés par de nombreuses études réalisées sur des rats (10).  

 

 

  • L’œuf, dont un des composants, la choline, favorise le fonctionnement du neurotransmetteur associé à la mémoire. Il est à la fois bénéfique pour vous mais également indispensable au bon développement du cerveau de votre bébé.
  • Les aliments à index glycémique bas tels que les légumes, légumineuses et céréales complètes. Le glucose se libère progressivement, apportant l’énergie nécessaire au bon fonctionnement du cerveau tout au long de la journée.
  • Les aliments riches en oméga 3 tels que les poissons gras (saumon, sardine, thon, maquereau…) ou encore les noix, graines de lin et l’huile de colza. Les oméga 3 préviennent les troubles neurologiques. Attention à ne pas trop consommer en revanche d’oméga 6 présents notamment dans toutes les préparations industrielles. Un déséquilibre entre oméga 3 et oméga 6 est néfaste pour votre santé.

 

  • Les aliments riches en vitamines B9 (acides foliques) tels que les épinards, blettes, brocolis et salades, légumineuses permettraient également de maintenir ses capacités cognitives, dont la mémoire, en favorisant la fluidité membranaire des neurones et la synthèse des neurotransmetteurs.

 

  • Une étude menée par l’Université de Wageningen en Hollande, pendant 3 ans auprès de 818 personnes âgées de 50 ans et saines, auxquelles on a donné 800 microgrammes de vitamine B9 par jour ou un placebo, a montré l’amélioration de la mémoire et des facultés cognitives chez les personnes qui avaient consommé cette vitamine (11).
  • Les aliments riches en vitamines E tels que les fruits à coque (noix, noisettes, amandes, cacahuètes), les avocats, les épinards ou encore les asperges et les huiles de noix et colza préviennent également la baisse des capacités cognitives.
  • Le curcuma : en plus de ses propriétés antioxydantes, il serait bénéfique pour lutter contre les troubles de la mémoire (d’après des études expérimentales). L’Inde, où cette épice est très utilisée, est un pays où le taux de personnes souffrant d’Alzheimer est particulièrement bas.

Et vous ? Avez-vous souffert ou souffrez-vous de troubles de la mémoire pendant vos grossesses ? Avez-vous pris un traitement particulier ? Est-ce que ces troubles ont disparu après l’accouchement ? Partagez votre expérience avec nous dans les commentaires ci-dessous !


Sources 

  1. Tori De Angelis, “Priming for a new role”, American Psychological Association, 2008. Trouvé sur http://www.apa.org/monitor/2008/09/pregnancy.aspx
  2. Angela OatridgeaAnita HoldcroftbNadeem SaeedaJoseph V. Hajnala, Basant K. PuriaLuca Fusic and Graeme M. Byddera, “Change in Brain Size during and after Pregnancy: Study in Healthy Women and Women with Preeclampsia”, American Journal of Neuroradiology, 2000. Trouvé sur : http://www.ajnr.org/content/23/1/19.full
  3. Ros Crawley, Sophie Grant, Kim Hinshaw, “Cognitive changes in pregnancy : mild decline or societal stereotype?”, Applied Cognitive Psychology, 2008.
  4. Centre de recherche sur la santé mentale de l’Université Nationale en Australie,“Path Through Life Project ”. Etude menée de 1999 à 2007 auprès de 2500 femmes âgées de 20 à 24 ans. Trouvé sur : https://cheba.unsw.edu.au/project/path-through-life-study
  5. Ros Crawley University of Sunderland, “Cognition in pregnancy: perceptions and performance”. Trouvé sur : thepsychologist.bps.org.uk
  6. Julie D. HenryPeter G. Rendell, « A review of the impact of pregnancy on memory fonction », Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology, 2007.
  7. Mickes L1, Wixted JTShapiro AScarff JM, “The effects of pregnancy on memory: recall is worse but recognition is not.”, 2009. Trouvé sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19105075
  8. Diane Farrara, Derek TuffnellbJo NeillcAndy ScallydKay Marshallc, “Assessment of cognitive function across pregnancy using CANTAB: A longitudinal study”, Bradford Institute for Health Research, 2013.
  9. Trouvé sur le site des Editions Thierry Souccar,  thierrysouccar.com
  10. Robert KrikorianMarcelle D. ShidlerTiffany A. NashWilhelmina KaltMelinda R. Vinqvist-Tymchuk, Barbara Shukitt-Hale, James A. Joseph, University of Cincinnati Academic Health Center, Ohio,
    “Blueberry Supplementation Improves Memory in Older Adults”, Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2010.
  11. James A. Joseph, Barbara Shukitt-Hale, Natalia A. Denisova, Donna Bielinski, Antonio Martin, John J. McEwen, Paula C. Bickford, “Reversals of Age-Related Declines in Neuronal Signal Transduction, Cognitive, and Motor Behavioral Deficits with Blueberry, Spinach, or Strawberry Dietary Supplementation”, The Journal of Neuroscience, 1999.
  12. Pierre Lefrançois, “La vitamine B9 préserve mémoire et facultés cognitives”, IntelliHealth et Associated Press, 2005.

 

6 thoughts on “Comment la grossesse agit sur votre cerveau (et comment y remédier)

  • 22 June 2017 at 23 h 27 min
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    Chère Naturelle Maman,

    Je m’en vais de ce pas montrer votre article à mon cher et tendre. Il me reproche d’être dans la lune et distraite depuis que je suis enceinte. Je vais lui prouver grâce à vous que ce n’est pas de ma faute mais bien celle des hormones de grossesse !

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  • 23 June 2017 at 13 h 57 min
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    Je suis enceinte de 12 semaines ça marche déjà à ce terme ? Mon cerveau est déjà plus petit ?? Ça expliquerait en tous cas pourquoi je ne suis pas capable de raconter à mes collègues le dernier film que j’ai vu à chaque fois !

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  • 26 June 2017 at 16 h 43 min
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    Eeeuuuh ça marche aussi si on est plus enceinte depuis deux ans ? Lol ! Après mes trois grossesses je crois qu’il y a de sérieuses séquelles !

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  • 13 July 2017 at 22 h 18 min
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    Pendant la grossesse j’étais déjà sur la lune mais depuis que j’ai accouché, c’est pire…. Je dois gérer 1 petit de 3ans en pleine phase d’opposition, m’occuper du petit, gérer les nuits courtes avec les journées (vacances d’été) interminables avec les deux, bref je profite de mon “congé” de maternité et pour bien détruire le peu d’estime que j’ai pour moi je grossis et je suis devenue Dory… J’accumule les bêtises en oubliant des choses, en étant pas attentive, en me trompant en parlant. Je désespère même si je sais que je n’y suis pour rien chaque jour c’est reproche qur reproche de ma tendre moitié et j’ai juste envie de tout plaquer et de m’enfermer pour pleurer dormir et manger….

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  • 20 October 2017 at 13 h 06 min
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    Bonjour naturelle maman,

    J’aime beaucoup vos newsletere elles sont très intéressantes

    Je voulais vous parler d’une de mon expériences pendant ma grossesse il me reste Plus que quelques jours avant la fin.

    Je suis dessinatrice et Dyslexique (lecture écriture) et au début de ma grossesse j’ai eu énormément de problèmes d’imagination mais à partir du milieu deuxième trimestre . J’ai retrouvé ma créativité et j’ai découvert une chose incroyable le faite que j’arrivais à corriger des fautes d’orthographe.

    Je ne sais pas pourquoi ni comment mais je pense que mon cerveau s’est modifié comme vous l’expliquer mais là pour le coup d’une manière assez génial je peux pas dire que c’est dû à des exercices que j’ai fait ou un suivi que j’ai fini ou quoi que ce soit car je n’ai rien fait de précis pour cela. Mais il est vrai que je fais de moins en moins de fautes d’orthographe et que je l’ai bien mieux.

    En vue de mon métier de dessinatrice je suis indépendante depuis trois ans et depuis ce moment-là je n’ai jamais autant travaillé que depuis que je suis indépendante j’ai des contrats qui se sont mis en place simplement j’ai eu de la rentrée d’argent…

    Je ne sais pas à quoi cela est dû mais pour moi la grossesse ne m’a pas du tout fait perdre la tête bien au contraire !!! Toutes les personnes autour de moi me disent que j’ai pris un coup de maturité incroyable j’arrive à faire des choix beaucoup plus rapide je suis moins perdu je fais moins de fautes je lui mieux!!!

    Alors j’espère une seule chose c’est que ce n’est pas du à la grossesse

    Merci a vous

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    • Anne-Laure Brunelle
      20 October 2017 at 20 h 55 min
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      Merci beaucoup Camille pour ce beau témoignage qui donnera de l’espoir à de nombreuses futures mamans.

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