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Bonjour et bienvenue chez Naturelle maman !4 décembre 2021
accouchement à domicile raconté par un père qui l'a vécu

L’accouchement à domicile raconté par un papa

Beaucoup de femmes qui souhaitent accoucher à domicile rencontrent un obstacle de taille : la réticence de leur partenaire. Par peur du danger, d’un manque de filet sécurité, de ne pas être à la hauteur en cas de problème, de ne pas réussir à protéger leur femme et leur bébé… Des craintes propres à chacun, compréhensibles et qu’il ne serait pas juste de juger. Pourtant, le témoignage de ce papa de 3 enfants, transformé par la naissance de sa troisième fille à la maison, après avoir vu ses deux premières naître à la maternité, prouve que ces peurs peuvent être surmontées. Son récit puissant montre surtout à quel point la place du père est importante auprès de la femme qui accouche et de son bébé. Non seulement pour la soutenir, moralement et physiquement, mais aussi pour vivre pleinement ce moment fondateur et prendre sa place de père à part entière.


Mai 2014 – Ma femme accouche prématurément de notre première fille

Déclenchée après une rupture de la poche des eaux, l’accouchement se passe difficilement.

Il ne me reste que des bribes de souvenirs de ce premier accouchement : la longue attente en position inconfortable, l’alerte, les piqûres, le passage en salle de naissance…

Beaucoup de bips, puis des bips qui ralentissent, des regards inquiets interchangés entre professionnels de santé qui fixent le monitoring et conjurent ma femme de pousser alors qu’elle est incapable de sentir ses jambes.

Des regards inquiets et encore des regards inquiets.

Puis une phrase : « Dernière poussée Aurore puis on passe au bloc… »

Le plus grand soulagement de ma vie, l’incompréhension aussi, puis une sortie express et la rencontre avec ma fille : compagne d’infortune, qui doit avoir le même niveau de compréhension et d’impuissance que moi.

Sa taille et sa couleur d’escalope, son visage de Mac Tyson après un combat, nos regards perdus qui se croisent, le retour en salle de naissance, beaucoup de sang dans des « barquettes de boucher ». Noir le sang.

Visite de quelques minutes de ma fille en néonatalité qui souffre du côté gauche (visage, clavicule, bras) à cause de l’extraction à la spatule… Le poids qui ne remonte pas, le sentiment d’être emprisonnés à la maternité puis enfin la délivrance…

Août 2016 – Ma femme me réveille au petit matin en ayant souffert seule toute la nuit

Le terrain avait été balisé et scénario rodé.

On appelle la mamie qui vient garder la grande, on file à la maternité et on arrive en salle de préparation.

Aurore ne veut pas de péridurale (nous avions peu parlé de la souffrance psychologique qu’elle avait endurée pour la grande) mais c’est elle qui décide ce qui est bon pour elle.

Puis : beaucoup de douleur, un col qui s’ouvre en quelques minutes, une « file d’attente » pour la salle de naissance , des cris, des acouphènes, ma femme qui me prévient qu’elle va crier, un bébé qui sort vite, ma rencontre avec ma seconde fille.

Mes pas dans les couloirs, l’aspiration des glaires par une grosse machine, la pesée, le retour en salle de naissance, ma seconde fille qui geint, ma femme qui patiente en salle de naissance qu’un lit se libère.

Ma femme qui tremble, la chambre, l’attente, la signature de la décharge, la liberté.

Aurore enceinte de sa troisième fille entourée de ses deux aînées.

Mai 2021 – Pour cette troisième grossesse, Aurore m’avait prévenu à l’avance de son projet d’accoucher à domicile

Comme toujours, nous, papas, oublions vite les passages compliqués du passé et redevenons vite téméraires en amont de situations que nous pensons avoir déjà réussies.

C’est alors que fleur au fusil et l’esprit serein, j’ai tendrement accepté le projet de ma femme d’accoucher à domicile à la condition que toutes les conditions sans exception soient réunies.

Ma douce étant sage-femme, et forts de 2 premières expériences, nous n’avons pas eu trop de mal à les identifier : suivi normal, zéro pathologie, bébé dans le bon sens, maternité à 10 minutes, pompiers à 2 minutes, RDV échos, RDV anesthésiste.

Nous devions nous préparer normalement donc, mais j’ai souhaité aussi un briefing complet ce qui allait m’attendre.

En effet, lorsque les choses deviennent concrètes, on se rend vite compte de nos limites dont nos peurs.

Peur de ne pas assurer, peur de perdre ceux qu’on a de plus cher, peur de ne pas savoir les protéger…

Finalement, face à la totale impuissance vécue lors des deux premiers accouchements, le projet de ma femme, vécu d’abord avec affection et amour comme un nouveau challenge, s’est vite transformé en notre projet.

Je ne l’ai vu venir que très (trop) tardivement, mais j’ai finalement mesuré combien le papa – devenu si absent (de son fait ou non), voire de trop ou encore nuisible, parfois même suspect dans nos sociétés modernes – avait finalement plus que jamais toute sa place, en tant que mari et papa dans un accouchement.

Sans le savoir, j’ai accepté ce qui sera sans nul doute le plus beau cadeau que puisse m’offrir mon épouse.

Ce n’était pas simplement notre enfant mais aussi ma place, véritable et naturelle, dans le moment, en perspective d’alors, le plus important de notre vie.

Alors, sans m’y attendre, je m’étais lancé dans une introspection destinée à me sentir psychologiquement et techniquement prêt pour le jour J.

En vrai, c’est surtout un livre « Les besoins essentiels de la femme qui accouche » de Ruth Ehrhardt et quelques vidéos que m’a montrés ma femme qui m’ont permis de percevoir concrètement ce qui allait m’attendre quelques jours/semaines plus tard.

J’ai été stupéfait de découvrir que mon rôle n’était finalement absolument pas où je l’avais imaginé : à la place du personnel médical, à gérer les gestes techniques.

Dans la réalité, outre la préparation de la zone d’accouchement, j’ai beaucoup plus aidé ma femme psychologiquement, puis cliniquement, en la soulageant durant ses contractions.

J’ai été subjugué et émerveillé de voir que médicalement, quand toutes les conditions sont réunies, les actes peuvent être réduits à l’extrême, que le bébé vit sans problème avec son cordon non coupé, et que la pesée peut bien attendre quelques instants.

Et surtout qu’un bébé peut arriver au monde sans pleurer, sans même probablement se rendre compte qu’il est sorti…

Quelle joie de voir une maman et son petit contre elle, tous-deux sereins, en connexion parfaite.

Ma femme a en plus fait ce merveilleux cadeau à sa fille qu’est d’arriver au monde de la façon la plus douce qui soit.

Pour le chrono :

17h – Départ de mon père qui est venu nous rendre visite.

18h Début d’une série de contractions.

20h – Je couche les grandes alors que la maman subit ses contractions. Nous regardons la télévision et lançons un timer pour mesurer la durée et la régularité des contractions.

21h – Nous regardons un reportage sur les forces de l’ordre en intervention. Pendant ce temps-là, je fais une séance d’abdos avec un nouvel instrument de torture acheté le matin à Décathlon : la roulette. Je tente d’apporter du soutien à ma femme en lui témoignant combien je souffre avec la roulette… J’allume un feu de cheminée, ça ne mange pas de pain, il fait très froid en ce mois de mai…

21h30 – Soutien plus concret de ma femme en appuyant sur les zones douloureuses (dos, hanches) et en soutenant son ventre durant les contractions. Je sors mettre la voiture en position de départ, placer des ballons devant la porte (pour faciliter la localisation de la maison pour la sage-femme et de la doula – si c’était pour ce soir). Je prends soin de bâcher la voiture, côté passager et je rentre aider ma femme.

22h30 – Je finis par comprendre que les contractions ne vont pas s’arrêter. J’éteins la télévision et aide sereinement ma femme à préparer le « chantier » : une simple bâche de peinture destinée à protéger le tapis et le canapé.

23h – Aurore a vraiment mal, il n’y a plus aucun doute, c’est pour cette nuit. Puis Aurore perd les eaux… Nous sommes le 24, je fais comme toujours mes prévisions : elle sera née le 25 !

Dans un même temps, je saisis le papier avec le numéro de la sage-femme (je devais le rentrer dans mon mobile mais j’ai procrastiné ce soir-là).

Pensant avoir perdu des minutes spécieuses, la sage-femme me demande de lui passer Aurore.

Après une minute, les contractions reprennent et je reprends le téléphone au vol.

Avec le fond sonore de circonstances, la sage-femme me dit rapidement qu’elle arrive en me demandant : « Tu penses qu’on aura le temps d’arriver ? »

Mécaniquement, je réponds que oui mais mon cerveau bascule quelques instants plus tard lorsque Aurore me dit : « Je vais crever. »

C’est précisément le signal que j’avais ancré dans mon esprit à la lecture du bouquin prescrit par ma femme quelques semaines plus tôt.

C’est là que ma place de papa m’est arrivée en pleine tête, comme revenue du fin fond de l’espace.

Je ne m’étais jamais une seule fois imaginé réceptionner le bébé.

Pas le temps de réfléchir au fait que c’était logiquement une possibilité, il fallait juste faire ce qu’il fallait…

Ce sentiment de totale responsabilité s’est accru lorsque ma femme m’a dit : « ça pousse. »

Finalement, j’étais prêt.

Toutefois, après quelques poussées, j’ai regardé l’heure et cela faisait plus de 20 minutes que nous avions eu la sage-femme. Son arrivée était imminente et je devais l’optimiser…

C’est alors que je me suis souvenu que les projecteurs de l’allée ne s’allument qu’en y passant sauf au moment où des déclenche par interrupteur où il restent allumés 2 minutes.

J’ai donc partagé mon temps de la façon la plus maladroite qui puisse être entre le soutien du ventre de ma femme en poussée et l’interrupteur situé dans l’entrée pour relancer le timer.

Puis la sonnette a retenti comme la sonnerie d’un réveil en plein rêve compliqué…

La sage-femme est arrivée la première avec ses valises.

J’entendais ma femme gémir et j’étais bloqué entre le fait d’aider la sage-femme à porter ses valises et revenir aider ma femme…

Finalement, cela n’a duré que quelques secondes, j’ai pris ma place à côté de ma femme puis devant elle, en lui tenant les bras alors qu’elle s’accrochait à son ballon comme une moule à son rocher.

Elle a saisi mes bras et ne les a plus jamais lâchés jusqu’à ce que notre dernière voie le jour ou plutôt la lueur du feu de bois.

Je me souviens de ma femme saisissant son bébé à moitié sorti et le serrant contre elle.

Puis Aurore s’est couchée sur le canapé, son trésor en mains et a été couverte, très couverte… J’avais chaud pour elle.

Notre petite fille n’a même pas pleuré, elle s’est immédiatement endormie contre sa mère, le cordon encore accroché et battant…

Il m’est difficile de me rappeler d’un moment où ma femme a été plus sereine dans sa vie.

Quelle puissance incroyable cet instant !

Puis bien plus tard, je me souviens de la pesée, d’Aurore qui se lève, qui saigne encore un peu, puis qui monte tranquillement dans l’escalier pour aller prendre sa douche.

Puis le départ de la sage-femme et de la doula, adorables, un petit nettoyage comme en fin de soirée festive, une remontée dans l’escalier pour retrouver femme et enfant aussi sereins que je les avais laissés.

Depuis, la petite est toujours aussi calme, ce qui ne la prive pas de téter goulument sa mère…

Bravo et merci à ma femme d’avoir vu loin et vrai, d’avoir visé riche et simple, d’avoir recherché et accepté le naturel dans ce moment intense où force ne s’oppose plus à faiblesse ni humilité à ambition, nous ouvrant les yeux sur combien l’Amour contient l’univers. »

David, mari d’Aurore et papa de 3 filles

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