Les maternités avec beaucoup de sages-femmes comptent moins d’épisiotomies et de césariennes

Une étude médicale récente réalisée par l’école de santé publique de l’Université du Minnesota aux États-Unis a révélé que les femmes qui accouchaient dans des hôpitaux où les accouchements étaient majoritairement assistés par des sages-femmes (et non par des médecins) étaient moins susceptibles de subir des épisiotomies ou des césariennes.

Comment cette étude a été réalisée

L’analyse a examiné l’expérience d’une large cohorte de femmes enceintes ayant accouché dans 126 hôpitaux de l’État de New York en 2014, en examinant quatre issues parmi les femmes avec une grossesse à faible risque: déclenchement du travail, césarienne, épisiotomie et morbidité maternelle grave.

Sur les 126 hôpitaux étudiés, les chercheuses affirment qu’environ 25% des hôpitaux n’avaient aucune sages-femmes dans leurs équipes

Environ 50% des établissements avaient des sages-femmes, mais qui assistaient seulement moins de 15% des accouchements.

Tandis que dans 7% des hôpitaux, les sages-femmes étaient en charge de plus de 40% des accouchements.

L’analyse a révélé que les femmes qui accouchaient dans les hôpitaux où il y avait plus de naissances assistées par des sages-femmes avaient moins de chances d’accoucher par césarienne et moins de chances de subir une épisiotomie.

 

Des conclusions qui viennent appuyer le résultat d’autres études

Les auteurs notent que plus de naissances assistées par des sages-femmes peuvent être associées à moins d’interventions obstétricales, mais aussi à des coûts beaucoup moins élevés.

Des études antérieures avaient déjà démontré l’importance d’un suivi réalisé par les sages-femmes chez les patientes obstétricales à faible risque (3).

Une des plus connues (4), publiée dans la Cochrane, la bible des gynécologues-obstétriciens, en 2011, avait notamment montré que la présence en continu d’une accompagnante à la naissance pendant l’accouchement permettait :

  • un accouchement plus facile,
  • abaissement de 50% du taux de césarienne,
  • diminution de 25% de la durée du travail,
  • diminution de 60% de l’utilisation d’une péridurale,
  • de 40% d’utilisation d’ocytociques,
  • et l’utilisation des forceps est diminuée de 30%

J’espère que ce travail contribuera à la preuve de la qualité et de la valeur des soins que les sages-femmes peuvent apporter à une maternité. Un certain nombre d’études ont déjà montré que l’élargissement de leur champ de pratique et leur autonomisation pouvaient être très bénéfiques aux femmes enceintes.», a déclaré le Dr Laura Attanasio, principale co-auteure de cette étude dans un communiqué de presse.

Un contexte particulier

Il est important de noter que cette étude est réalisée alors même que des articles et reportages récents ont mis en évidence le fait que les États-Unis avaient le taux le plus élevé des pays développés (et en hausse) de mortalité maternelle à l’accouchement. Les taux de mortalité infantile sont également très élevés.

Aucun pays européen n’a un taux de mortalité périnatale plus élevé que les États-Unis, où seulement 8% des naissances sont assistées par des sages-femmes.

Alors que les infirmières sages-femmes certifiées sont autorisées dans les 50 états, leur champ d’exercice dans un hôpital est limité par les médecins, qui assurent un suivi de grossesse et de l’accouchement sur-médicalisés.

 

Des chiffres qui participent à la reconnaissance d’une profession sous-estimée

Même si cette étude a été réalisée aux Etats-Unis, ces chiffres édifiants permettent de souligner l’importance du travail des sages-femmes en France et les mauvaises conditions dans lesquelles elles sont souvent obligées d’exercer leur profession (5).

Régulièrement en sous-effectif au sein des services de maternité, elles se retrouvent à suivre jusqu’à cinq accouchements en même temps et sont dans l’impossibilité d’assurer un suivi en continu pour les femmes qui en ont besoin.

Le fait de souligner régulièrement l’importance de leur travail, et même la valeur ajoutée des sages-femmes par rapport aux médecins dans les maternités, leur permettra peut-être, à terme, d’obtenir ce qu’elles réclament depuis de longues années (6) :

  • un changement de statut , plus proche de celui des médecins  : praticien hospitalier.
  • une rémunération qui prend en compte leurs responsabilités et la pénibilité de leurs missions.
  • un niveau d’études réévalué  : les sages-femmes sont actuellement rémunerées sur les grilles de la fonction publique hospitalière selon un niveau Bac+3… alors qu’elles font 5 ans d’études, dont une commune avec les futurs médecins.

 

Anne-Laure Brunelle


Sources 

  1. https://www.npr.org/2017/05/12/528098789/u-s-has-the-worst-rate-of-maternal-deaths-in-the-developed-world
  2. http://www.sph.umn.edu/sphrb/wp-content/uploads/docs/attanasio-kozhimannil-brief.pdf
  3. Sandall J, Soltani H, Gates S, Shennan A, Devane D., “Midwife-led continuity models versus other models of care for childbearing women”, Cochrane Database Syst Rev, 2013.
  4. Hodnett ED, Gates S, Hofmeyr GJ, Sakala C., “Continuous support for women during childbirth” Cochrane Database Syst Rev, 2003. 
  5. http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er791.pdf
  6. http://www.onssf.org/les-difficultes-de-mise-en-place-du-statut-de-sage-femme-des-hopitaux/

 

One thought on “Les maternités avec beaucoup de sages-femmes comptent moins d’épisiotomies et de césariennes

  • 8 January 2018 at 11 h 23 min
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    Bonjour naturelle maman,

    Merci pour ce bel article. Je suis enceinte de 13 semaines de mon premier bébé donc je découvre le suivi de grossesse. Dans ma maternité, on m’a d’abord donné un rendez-vous avec un gynécologue et puis comme tout allez bien pour moi et mon bébé, on m’a donné ensuite rendez-vous avec une sage-femme. J’ai vraiment préférer mon deuxième rendez-vous avec la sage-femme car elle était plus “humaine” et “douce” que le gynécologue qui m’a à peine regarder et pas du tout expliquer comment allait se passé ma grossesse et mon accouchement. Voilà ma petite expérience, mais je reviendrais vous en parler à d’autre moments !

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