Un grand pas vers des accouchements plus humains ?

Première dans l’histoire de l’accouchement ultra-médicalisé en France : la Haute autorité de santé (HAS) a émis cette semaine de nouvelles recommandations au sujet de l’accouchement, qui exhortent les personnels de santé à écouter les mamans pour “prendre en compte au mieux leurs préférences”.

Ces recommandations officielles répondent à un constat : tout au long du XXe siècle, la réduction de la mortalité infantile et maternelle s’est accompagnée d’une médicalisation de la naissance de plus en plus importante.

Et pour réduire ces risques au maximum, la prise en charge des accouchements sans complication est devenu aussi médicalisée que celle des accouchements à risques.

Or, comme l’indique la HAS, cette «forte médicalisation» s’est faite «au détriment des préférences des femmes et du couple».

Épisiotomies systématiques et inutiles, expressions abdominales, touchers vaginaux abrupts, manque de prise en charge allant jusqu’à la maltraitance… Ces derniers mois, de nombreuses femmes qui ont accepté de témoigner des moments de souffrance et de brutalité qu’elles ont vécu lors de leurs accouchements.

Leurs témoignages ont été entendus grâce à de vraies battantes qui ont fait des “violences obstétricales” leur cheval de bataille. C’est le cas des membres du CIANE (Collectif Interassociatif autour de la Naissance), de la juriste Marie-Hélène Lahaye, auteure du blog Marie accouche-là, où des membres de la page Facebook “Stop à l’impunité des violences obstétricales“.

C’est grâce à toutes ces femmes courageuses que ces recommandations officielles ont pu voir le jour.

Pour vous retrouver parmi ces nouvelles recommandations, voici ce qu’il faut en retenir :

1. Le droit de marcher, de changer de position et de boire

La HAS insiste notamment sur la nécessité pour les femmes de pouvoir changer régulièrement de position, de se déplacer, de boire et de pousser comme bon leur semble au moment de l’expulsion. Autant de droits qui sont encore loin d’être accessibles dans certaines maternités.

2. Une relation de confiance entre les soignants et les futurs parents

Pour la Haute autorité, “la qualité du dialogue entre les femmes et les professionnels de santé est primordiale. (…) Il doit permettre aux unes de formuler leurs attentes et aux autres d’y répondre de manière adéquate”.

La HAS appelle les gynécologues-obstétriciens et les sages-femmes à donner des informations “claires et loyales”, notamment sur “l’ensemble des interventions médicales possibles ou nécessaires durant le travail et l’accouchement”.

3. L’arrêt des épisiotomies, des touchers vaginaux systématiques et le soutien des accouchements sans péridurale

L’un des plus controversés est l’épisiotomie (incision dans le périnée), dont la fréquence a baissé en France ces dernières années : 20% en 2017, contre 27% en 2010, d’après la Société française de médecine périnatale. La HAS préconise “de ne pas réaliser d’épisiotomie systématique y compris chez la femme qui accouche pour la première fois : ce recours doit se fonder sur l’expertise clinique de l’accoucheur”.

“De manière générale, tant que les risques obstétricaux – réévalués en continu – restent faibles, la HAS recommande de limiter les interventions techniques et médicamenteuses au minimum nécessaire dans le respect du choix des femmes”, selon l’Autorité.

Exemples: “ne pas multiplier les touchers vaginaux, soutenir la femme dans son choix non médicamenteux de prise en charge de la douleur ou la laisser pousser de la manière qui lui semble la plus efficace”.

4. L’interdiction de l’expression abdominale au moment de l’expulsion

Est enfin rappelée la contre-indication de “l’expression abdominale” (poussée sur le ventre de la mère), en raison du “vécu traumatique des femmes et de leur entourage” et de “l’existence de complications, rares mais graves”.

Reste à savoir si ces belles idées seront suivies de faits concrets, comme un meilleur accompagnement des accouchements sans péridurale, et une formation du personnel soignant à l’accouchement physiologique (qui est peu, voire pas du tout enseigné dans les écoles de médecine et de sages-femmes…).

 

Anne-Laure Brunelle


Source

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2823161/fr/mieux-accompagner-les-femmes-lors-d-un-accouchement

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