Ma fille est née dans l’eau et ce n’est pas un dauphin !

Un des moments les plus incroyables, les plus forts et bouleversants de ma vie de maman s’est passé dans l’eau.

C’est la nuit où notre troisième enfant, ma première fille, est venue au monde.

Dans l’eau chaude de la grande baignoire de naissance de la « chambre lagon » (ce n’est pas une blague !) à la maternité de Thonon-les-bains.

L’eau, c’est mon élément.

Mon moment de détente à moi, depuis mon enfance au bord de la mer en Bretagne.

À chaque fin de grossesse, le bain a toujours été l’endroit où je me sentais le mieux.

Portée, détendue, relaxée, rafraîchie, apaisée.

Alors, quand ma sage-femme a mentionné, pendant les séances de préparation à la naissance, que j’avais la possibilité d’y accoucher – alors que je pensais que c’était tout bonnement impossible en France – j’ai tout de suite su que c’était l’élément qui m’aiderait à vivre une naissance heureuse, mais surtout calme. Paisible.

Les bienfaits de l’accouchement dans l’eau que j’ai eu la chance de connaître

L’eau chaude a rendu mes contractions beaucoup plus supportables.

Grâce à l’apesanteur, j’ai pu me détendre en me laissant porter.

La chaleur de l’eau m’a aussi permis de me réchauffer au moment le plus “critique” – mais annonciateur de la fin ! – où la douleur fait trembler les jambes et claquer les dents.

L’eau chaude a aussi protégé mon périnée, en assouplissant ma peau déjà fragilisée par deux épisiotomies lors de mes précédents accouchements.

Grâce à l’eau, je n’ai eu ni déchirure, ni épisiotomie.

Je suis aussi certaine que ma fille a eu beaucoup de chance de naître dans l’eau.

Son premier contact avec le monde a été très doux, apaisé par une continuité de température et de matière.

Son accueil dans ce monde a été adouci par le silence de l’eau, qui l’avait bercée pendant neuf mois.

La nuit de sa naissance, c’est son visage apaisé et ses petits bruits tout doux et calmes qui en ont témoigné. Pas de cris, pas de pleurs (juste quelques larmes de bonheur de ses parents).

L’accouchement dans l’eau, encore si rare en France…

J’ai choisi d’accoucher dans l’eau en suivant mon instinct.

J’avais, bien sûr, lu les bienfaits dont certains médecins et sages-femmes parlaient.

J’avais été particulièrement fascinée par le travail du Dr Michel Odent à la maternité de Pithiviers.

Il y a plus de 50 ans, il a installé des piscines dans les salles de naissance et supprimé les lits d’accouchement à étrier.

Le taux de césariennes de cette petite maternité se situait autour de 5% et les femmes venaient de toute l’Europe pour y accoucher !

Mais j’avais aussi entendu que c’était dangereux, “inconscient”, tout simplement interdit…

Comme ce témoignage du chef de la maternité des Diaconesses à Paris qui avait déclaré au journal Le Monde :

« Nous ne sommes pas faits pour [naître dans l’eau], nous ne sommes pas des dauphins !« .

Comme j’ai lu tout et son contraire, j’ai essayé de répertorier toutes les informations fiables qui existent sur le sujet.

Histoire de voir si la science confirmait les bienfaits de l’accouchement dans l’eau que j’ai eu la chance de vivre.

La France en retard par rapport à d’autres pays

Depuis le formidable travail de Michel Odent, beaucoup de sages-femmes et de médecins s’accordent à dire qu’accoucher dans l’eau est parfaitement sûr et n’est associé à aucun risque accru pour la maman et le bébé. C’est le cas en Angleterre, en Australie, en Hollande…

Mais ce n’est pas du goût de la Haute autorité de la Santé française, qui recommande d’ “informer les femmes qu’il n’existe aujourd’hui aucune recherche de qualité suffisante concernant l’accouchement dans l’eau ; ou dissuader les femmes d’accoucher dans l’eau.

Dissuader les femmes faute de recherche de qualité suffisante ?

Peut-être qu’ils n’ont pas lu la grande étude publiée en 2009 dans la Cochrane (1), la “bible” des gynécos ? Elle analyse 12 travaux fiables qui révèlent que l’immersion dans l’eau durant le premier stade de travail diminue de manière importante le recours à la péridurale et la durée du premier stade de travail, sans pour autant mettre en danger le bébé ou augmenter les risques d’infection ou d’hémorragie pour la maman.

Que dire de cette étude récente publiée par des chercheurs australiens en juin 2018 (2) qui a montré que 95% des sages-femmes, qu’elles pratiquent les accouchements à la maternité ou en maison de naissance, conseillent aux futures mamans d’accoucher dans l’eau pour accélérer leur travail et diminuer la douleur ?

Comment expliquer cette étude réalisée en 2014 par des chercheurs de l’université de médecine de l’Oregon (3) qui a prouvé que l’accouchement dans l’eau ne comportait pas plus de dangers que les autres naissances ? Ils ont notamment montré que les bébés nés dans l’eau n’étaient pas plus susceptibles d’avoir besoin d’un transfert ou d’une admission à l’hôpital que les autres.

Ces études sont loin d’être marginales. J’en ai référencé pas moins de 44 qui prouvent les avantages d’un accouchement dans l’eau !

Parmi ces bienfaits, la science a prouvé que l’eau permettait :

💧Une forte diminution des douleurs liées aux contractions (4,5,6) ;

💧Un travail plus court (7, 8) ;

💧Le confort et la mobilité qui permettent à la maman de se sentir plus légère et de changer de position ;

💧Une réduction significative du niveau de stress qui favorise la relaxation des muscles et des tissus (9) ;

💧Les épisiotomies ne sont nécessaires que dans 10 % des cas, au lieu de 75 % habituellement pour une première naissance (10) ;

💧Un sentiment d’intimité pour faciliter le sentiment de sécurité et la sécrétion des hormones de l’accouchement ;

💧Une réduction du taux de césarienne (8) ;

💧Moins de péridurales et d’interventions médicales ;

💧Une réduction des distractions dues aux stimuli extérieurs.

J’arrête ici la liste, qui serait trop longue pour présenter de façon exhaustive l’incroyable puissance de l’accouchement dans l’eau, et son intérêt phénoménal dans le soulagement de la douleur des contractions.  

La réalité, c’est qu’il n’y a pas à croire ou à ne pas croire au pouvoir de l’eau.

La raison la plus plausible de leur méfiance ne serait pas qu’un accouchement dans l’eau, ca complique la tâche de l’équipe médicale ?

Comme la maman n’est pas couchée sur le dos, les jambes écartées avec son vagin en “libre accès”, il leur est impossible de lui faire une épisiotomie, ni de lui poser une péridurale ou un monitoring foetal en continu.

La question est posée…

Ce qui est certain en revanche, c’est que la plupart des personnels soignants pratiquant les accouchements ne sont tout simplement pas formés à de tels accouchements qui ne permettent pas d’interventions médicales.  

L’accouchement dans l’eau requiert une formation et des compétences particulières de la part de l’équipe soignante.

Les maternités qui le proposent en France se comptent donc sur les doigts d’une main :

Si vous n’êtes pas à proximité, d’autres options s’offrent à vous :

💧être suivie, comme moi, par une sage-femme qui pratique le suivi global et qui accepte de vous aider à accoucher dans l’eau. C’est elle qui vous accompagnera pour accoucher, soit dans une maternité (en plateau technique), soit à votre domicile.

💧accoucher en maison de naissance où les naissances dans l’eau sont acceptées, voire encouragées.

Je pense vous avoir dit tout ce que je savais. Si vous pensez en avoir envie, j’espère vous avoir convaincu que c’était possible. À vous de faire vos propres recherches !

Préparez-vous, soyez flexible et restez ouverte à la grande aventure de votre accouchement.

Anne-Laure Brunelle


Sources

(1) Cluett ER, Burns E. Immersion in water in labour and birth. In: The Cochrane Collaboration, Cluett ER, editors. Cochrane Database Syst Rev [en ligne]. Chichester, UK: John Wiley&Sons, Ltd; 2009.Disponible sur: http://doi.wiley.com/10.1002/14651858.CD000111.pub3

(2) https://www.womenandbirth.org/article/S1871-5192(17)30239-1/fulltext

(3) Harper B. Birth, bath, and beyond: the science and safety of water immersion during labor and birth. J Perinat Educ. 2014;23(3):124-34. Trouvé sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4210671/

(4) Otigbah CM, Dhanjal MK, Harmsworth G, Chard T. A retrospective comparaison of water births and conventional vaginal deliveries. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2000 Jul;91(1):15-20.

(5) Bodner K, Bodner-Adler B, Wierrani F, Mayerhofer K, Fousek C, Niedermayr A, et al. Effects of water birth on maternal and neonatal outcomes. Wien Klin Wochenschr. 2002 Jun 14;114(10-11):391-5.

(6) Da Silva FM, De Oliveira SM, Nobre MR. A randomised controlled trial evaluating the effect of immersion bath on labour pain. Midwifery, 2009 Jun ; 25(3) :286-94.

(7) Thöni A, Zech N, Ploner F. Giving birth in the water: experience after 1825 water deliveries. Retrospective descriptive comparison of water birth and traditional delivery methodsk, Gynakol Geburtshilfliche Rundsch, 2007.

(8) Torkamani SA, Kangani F, Janani F. The effects of delivery in water on duration of delivery and pain compared with normal delivery. Pak J Med Sci 2010;26(3):551-555. Trouvé sur : http://www.pjms.com.pk/issues/julsep2010/pdf/article09.pdf

(9) Maude, R. M. et Foureur, M. J. (2007). It’s beyond water : stories of women’s experience of using water for labour and birth. Women and birth, 20(1), 17-24. Elsevier.

(10) Lukasse M, Rowe R, Townend J, Knight M, Hollowell J. Immersion in water for pain relief and the risk of intrapartum transfer among low risk nulliparous women: secondary analysis of the Birthplace national prospective cohort study. BMC Pregnancy Childbirth. 2014;14:60. Trouvé sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3922427/

Autres études et livres qui prouvent les bénéfices de l’accouchement dans l’eau mais qui ne sont pas cités dans l’article :
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/jmwh.12193

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3897991/?report=classic%2F

A Landmark in the History of Birthing Pools. Une étape dans l’histoire des piscines d’accouchement. Michel Odent, Midwifery Today, Issue 54, Summer 2000.

Préparation à la naissance dans l’eau. Jill Cohen, Midwifery Today, Issue 54, Summer 2000.

Pourquoi accoucher dans l’eau ? Dr. Thierry Richard.

AFNA, site Internet : www.accouchement-dans-leau.com

Camille Henrion, “L’accouchement dans l’eau : une étude descriptive évaluant les issues maternelles et néonatales”, Gynécologie et obstétrique, 2012.

Julie Anselmi, “L’accouchement dans l’eau”, Gynécologie et obstétrique, 2015.

Une pensée sur “Ma fille est née dans l’eau et ce n’est pas un dauphin !

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    20 février 2019 à 6 h 46 min
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    Merci pour ce magnifique récit de naissance. Je suis enceinte de 5 mois et j’hésite encore sur mon lieu de naissance mais j’habite a Bordeaux et la maternité d’Arcachon me tente beaucoup car on peut y accoucher dans l’eau. Vous venez de me convaincre encore plus d’y aller pour mon accouchement !

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