Bonjour et bienvenue chez Naturelle maman !25 juin 2021

Accouchement de Marie-Paule « J’avais tellement peur d’accoucher à l’hôpital pendant la pandémie »

Marie-Paule a accouché de son deuxième enfant à domicile, en plein confinement. Elle nous raconte les étapes de cet accouchement intense et éclair initialement prévu à la maternité. Une aventure mémorable vécue avec son mari et sa fille aînée, dans la douceur de son foyer.

« Comme pour mon aînée, je voulais une naissance la plus naturelle possible, un accouchement physiologique.

Si tout se passe bien, pourquoi ne pas laisser le corps faire ce dont il est capable ?!

Le courage, je n’en ai pas plus que n’importe qui d’autre.

J’ai juste pensé à l’époque avant l’arrivée de la péridurale, aux autres pays/cultures où l’accouchement physiologique est la seule option disponible afin de me motiver.

J’ai essayé de préparer mon cerveau à cette seule option tout en puisant de la force dans les bienfaits d’un accouchement respecté et non médicalisé.

Je me suis documentée sur les méthodes pour aider à accepter et apprivoiser la douleur.

C’est comme ça que j’ai découvert Naturelle Maman.

Tout faire pour éviter un déclenchement à la maternité

Comme lors de ma première grossesse, je dépasse le terme et la question de la date du déclenchement est soulevée par ma sage-femme.

Je suis alors tout juste à 40 semaines +4 (je vis au Canada et ici le terme c’est 40 semaines).

Je dois dire que pour mes deux grossesses, même si j’ai fait le choix d’un accouchement naturel, je flippe toujours quand je pense à la douleur.

Passé le terme, c’est les autres qui sont pressés de savoir quand bébé vient.

Moi je suis zen et pas inquiétée, ni « fatiguée d’être enceinte »😂.

Cependant une fois que j’entends le mot déclenchement, je sais qu’il est temps que je prépare réellement tout mon être (le mental surtout) à accueillir ce bébé.

Que je prépare mon esprit à accueillir cette douleur et que je ne dois pas la voir comme une souffrance.

Ha ha, mais plus facile à dire qu’à faire…

Mais de ce que j’ai lu et entendu, la douleur suite au déclenchement est encore plus vive et plus forte.

Je veux essayer tout ce qui est possible de faire pour avoir ce bébé naturellement et, si possible, éviter un déclenchement à la maternité.

Je ne néglige alors aucun des conseils et astuces disponibles sur Naturelle Maman et bien d’autres ressources sur le déclenchement naturel du travail.

A 40 semaines et 6 jours, le 13 mai 2020, je parviens miraculeusement à avoir un rendez-vous chez une ostéopathe.

Nous sommes en pleine pandémie et toujours en confinement strict.

Elle accepte de me faire un décollement des membranes mais m’explique que l’acupuncture est pour le moment suspendu sur recommandation de la commission de santé publique.

Je suis déçue car c’est au top de ma liste de choses à faire pour favoriser le déclenchement naturel du travail.

Mais je reste confiante et positive.

J’ai vu ma sage-femme (pour mes grossesses j’opte toujours pour un accompagnement et accouchement par les sage-femmes que je trouve plus disponibles et plus à l’écoute) un peu plus tôt dans la journée et elle m’a dit que j’étais dilatée à 3cm.

Je rentre à la maison pour le souper.

Mon mari m’a fait une soupe aux champignons super épicée. Mais alors vraiment très très épicée !! Je coche le point aliments épicés sur ma liste.

Ayant reçu l’aval de ma sage-femme pour prendre de l’huile d’onagre par voie vaginale, mon mari m’aide pour ça et nous nous mettons au lit.

Les insomnies de fin de grossesse n’aidant pas et bébé qui donne beaucoup de coups de pieds uniquement la nuit quand je m’allonge, je ne parviens pas à trouver le sommeil avant 2 heures du matin.

Et à 4h30, le jeudi 14 mai 2020, une douleur au ventre me sort de mon sommeil, accompagnée d’une envie d’aller aux toilettes.

La première chose qui me vient à l’esprit est que cela est du à la soupe super épicée !

Je me lève et me rend aux toilettes.

Quand je m’assieds, je ressens à nouveau cette douleur.

C’est à ce moment là que je réalise que c’est une contraction.

Je retourne dans notre chambre pour annoncer à mon mari qu’il me semble que le travail commence.

A demi endormi, il me dit « ok » et se rendort 😅.

Je vais au salon prendre le ballon de grossesse et reviens dans la chambre pour commencer mes exercices de respiration.

Comme pour notre aînée, les contractions sont très rapprochées (toutes les 2 minutes) pendant toute la durée du travail.

J’ai froid et je me lève pour prendre une couverture.

Je regarde l’heure, il est déjà 5h05.

Jusque là ça va. Bien que douloureuses, les contractions me semblent supportables.

J’envoie un message à ma mère et dans le groupe whatsapp avec mes sœurs pour leur signaler que le travail a déjà commencé.

Mon mari dort toujours 😅 et notre fille dans sa chambre à côté.

Je me concentre sur ma respiration, j’oscille mon bassin sur le ballon et me lève parfois pour faire les 100 pas dans notre chambre.

Je regarde le téléphone pour voir l’heure et il n’est que 5h45.

Mes sœurs qui vivent en France ont déjà répondu pour m’encourager.

Avant que je ne puisse leur répondre, je me plie de douleur lorsqu’une contraction se présente et au même moment j’entends le bruit d’une grosse gerbe d’eau qui se verse.

C’est ma poche des eaux qui vient de se rompre.

C’est assez impressionnant comme bruit que ça réveille mon mari qui quitte le lit tout paniqué.

J’annonce à mes sœurs et ma mère que la poche des eaux vient de se rompre.

Mon mari allume la lumière dans la chambre et me demande comment je vais et s’il faut qu’on aille à l’hôpital maintenant que la poche des eaux est rompue.

Je lui répond que ça fait à peine 1h que je suis en travail et que si ça se trouve, on en a encore pour longtemps.

Je lui rappelle que notre sage-femme a dit de vérifier la couleur et l’odeur du liquide, mais que s’il n’y a rien à signaler on ne doit pas s’alarmer mais simplement l’appeler pour l’avertir.

Je me lève au même moment pour voir si le cordon ombilical ne pend pas entre mes jambes, car ayant porté le « ventre haut » jusqu’à la dernière minute, la sage femme nous avait aussi informés de la possibilité que le cordon descende et pende lors de la perte des eaux.

Tout semble normal à l’examen et nous restons calme.

Pendant que mon mari essaye de joindre des amis pour qu’on puisse leur déposer notre fille sur le chemin pour la maternité, j’essaie de compter mes granules d’homéopathie destinées à activer le travail mais je n’arrive pas à bien compter car je suis sans cesse interrompue par les contractions.

Elles sont constantes et toujours espacées de 2 minutes mais j’ai l’impression qu’elles sont plus fortes en intensité.

La douleur pique et pique.

Je n’arrive plus à gérer la respiration et je commence à laisser l’animal en moi sortir.

J’appelle mon mari au secours pour m’aider à compter les granules et entre temps je décide d’appeler la sage-femme pour l’informer de la perte des eaux mais aussi de l’intensité des contractions qui semble de plus en plus forte, signe d’un travail actif.

Je regarde l’heure avant d’appeler, il est 5h55.

Pendant que j’attends qu’elle réponde au téléphone, je crie et rugis tel un lion en cage.

Je saisis la porte de notre chambre de toutes mes forces pour m’y agripper pendant les contractions.

Ça fait du bien de serrer quelque chose de dur.

Je n’arrive même pas à sucer les granules que mon mari a déposé entre temps sur ma langue.

Ma fille a été réveillée par mes cris et m’a rejoint dans la chambre toute perdue. Elle me demande si j’ai mal.

Mon mari se saisit de la valise de la maternité et me fait signe qu’on se mette en route pour la maternité.

Il semble perdu et impuissant.

Il me voit m’agripper désespérément à la porte de notre chambre, un pied dans la chambre et un autre dans le couloir qui mène au salon.

Notre fille m’entoure de ses petits bras et me fait des bisous.

Mon mari dépose la valise et vient me serrer dans ses bras.

Je lui demande de me masser vigoureusement les hanches et le bas du dos.

Finalement la sage-femme répond au bout du fil.

Je veux lui parler mais une forte contraction et une forte envie de pousser surviennent.

Mon mari prend notre fille et se dirige vers le salon pour la rassurer.

J’explique à la sage-femme que j’ai perdu les eaux et que je sens le bébé pousser.

Je sens que le bébé est déjà engagé dans mon bassin.

Je réalise qu’il est trop tard pour se rendre à la maternité.

Je suis en panique.

Elle me demande de vérifier avec ma main si je sens la tête du bébé. Je lui dis que je ne peux pas le faire.

Elle me demande alors si je vois du sang.

Je réponds que non et que j’ai encore ma petite culotte sur moi.

A mes rugissements, elle comprend que le bébé est en train de naître.

Elle nous suggère d’abord d’appeler les urgences.

Mais en confirmant notre adresse pour voir si elle pourra arriver avant eux, elle se rend compte qu’elle est juste à 6 minutes de chez nous.

Elle nous assure qu’elle pourra arriver avant eux et nous demande donc de ne pas les appeler, qu’elle sera là et qu’on garde notre calme.

On reste en ligne pendant son trajet. Elle me parle et me rassure.

Elle m’encourage à tenir bon.

Elle est présente avec nous, bien qu’au travers du téléphone.

10 minutes plus tard, elle vient de se garer devant notre immeuble et nous informe qu’elle est entrain de prendre son matériel et monte.

Pendant ce temps, je sens le bébé pousser de plus en plus fort et ma voix résonne dans tout l’immeuble.

J’ai peur que les voisins débarquent chez nous pour savoir ce qu’il se passe, mais en même temps je m’en fous, impossible de contrôler les cris.

Pendant que mon mari (avec notre fille dans les bras) va ouvrir à la sage-femme, j’annonce à cette dernière toujours en ligne avec moi que je sens la tête du bébé passer.

En haletant, je lui dis qu’elle arrive trop tard.

Restée débout à l’entrée de notre chambre, j’ai un dernier réflexe d’enlever ma petite culotte et de m’accroupir, puis de me mettre à genoux au même moment qu’une deuxième et dernière poussée expulse le bébé.

Je l’accueille par l’arrière dans mes bras que j’avais croisés afin qu’il y atterrisse.

Mes bras sont soutenus par mes jambes et malgré la fatigue et les tremblements qui secouent mon corps, je le serre fort et ne le lâche pas.

Il pousse son premier cri et cela me rassure, me comble et me fait sourire.

Je n’arrive pas à le voir car j’ai peur de bouger et de faire un mauvais geste. J’ai le cordon entre mes jambes.

Je reste immobile comme une statue.

J’entends à l’autre bout du fil la sage-femme qui, essoufflée, monte les marches d’escaliers tout en me répétant qu’elle arrive et que tout va bien se passer.

Quelques minutes (qui m’ont semblé interminables), mon mari, notre fille et la sage-femme entrent et se dirigent tout droit vers nous.

Tout est calme dans la pièce et ils s’arrêtent à quelques mètres de moi avec des questions pleins les yeux.

Mon mari rompt finalement le silence et s’avance en me demandant si tout va bien et où se trouve le bébé.

Je leur fais signe que le bébé est juste derrière moi.

La sage femme fait immédiatement les deux pas qui nous séparaient pour prendre des couvertures et envelopper le bébé.

C’est à ce moment que je pense à lui demander le sexe du bébé avant qu’elle ne me le mette dans les bras !

Elle donne ensuite des ciseaux à mon mari pour couper le cordon qui avait arrêté de battre, sous les yeux ébahis et plein d’interrogations de notre fille.

Quelques minutes après, une deuxième sage-femme arrive en renfort.

Pendant que mon mari fait du peau à peau avec notre fils, elles m’installent sur notre lit.

Quelques secondes plus tard, j’expulse le placenta. Une vraie délivrance !

Elles prennent ensuite soin d’en vérifier l’entièreté puis de s’assurer que je n’ai pas eu de déchirure.

Fort heureusement je n’ai rien qui mérite qu’on me recouse.

Par la suite, une des sages-femmes s’occupe des examens de routine du nouveau-né : pesée, mesures, température, signes vitaux… pendant que l’autre m’aide à faire ma toilette et à enfiler une serviette hygiénique post-accouchement.

Ma fille s’active au tour du bébé et réclame à porter son petit frère.

Marie-Paule avec ses deux enfants juste après la naissance de son fils Aïdan.

Mon mari lui pendant ce temps nettoie les traces de cet accouchement aussi rapide que « sauvage ».

De retour dans la chambre, nous sommes réunis pour une tétée de bienvenue.

Je suis comblée et aux anges.

Je suis si heureuse, et plus que reconnaissante d’avoir vécu ce travail éclair et cet accouchement à domicile.

J’avais tellement peur d’accoucher à l’hôpital pendant la pandémie, surtout que les conjoints n’étaient admis que vers la fin de l’accouchement.

J’avais aussi peur de devoir faire le travail en portant un masque.

Il faut dire que la vie est pleine de surprises avec des rêves qui peuvent devenir réalité : j’avais toujours voulu avoir un accouchement à domicile mais dans l’eau.

Toutefois, cela ne rassurait pas assez mon mari en terme de prise en charge médicale en cas d’urgence.

Avec la pandémie, l’idée a fini par germer dans son esprit et quand j’en ai discuté avec la sage-femme, elle m’a informé qu’à cause du Covid, les accouchements dans l’eau n’étaient plus recommandés.

Nous avions alors gardé l’option de départ à savoir l’accouchement à l’hôpital car l’idée d’accoucher sur notre lit ne nous enchantait pas.

A toutes les mamans et futures mamans qui angoissent pendant ces durs moments que traverse le monde depuis 2020, je vous envoie des ondes positives.

Ce n’est déjà pas facile mais quand s’ajoute une pandémie et tout ce que cela implique, ça complique encore plus les choses.

Courage et confiance et merci de m’avoir lue. C’est avec émotion que je me suis remémorée cette naissance extraordinaire. »

Marie-Paule


7 Comments

  1. Nelly Reply

    Félicitations Marie-Paule et merci beaucoup de partagé votre expérience. Ayant moi-même la phobie des blouses blanches suite à mon accouchement qui s’est malheureusement très mal passé, j’envisage un prochain AAD. Je ne suis pas enceinte donc c’est seulement une réflexion mais la peur est quand même là et votre témoignage l’a apaisé car la naissance s’est tellement bien passée pour vous que je m’y suis projetée et ça m’a donnée envie de concrétiser ce beau projet.

    1. Marie Paule Sangwa Reply

      Merci beaucoup Nelly. Je suis désolée pour votre premier accouchement. Je suis ravie de vous avoir apporté cette paix. De tout cœur, je vous souhaite, le moment venu, de vivre une belle et paisible grossesse et aussi un bel accouchement .

  2. Oriane Reply

    C’est d’une beauté cet accouchement, quand on le lit on se dit qu’elle a tellement bien fait Marie-Paule de rester chez elle. Et sa petite fille qui la prend dans ses bras pour lui ôter la douleur, que d’émotions ! Merci de les partager.

  3. mama_4172 Reply

    Magnifique récit de naissance, tout comme les photos et la réaction de votre petite fille qui est splendide 😉 J’espère que vous allez bien depuis et que vous prenez soin de vous, vous avez de quoi être fière !

  4. Tiph Emmlalune Reply

    Quelle chance vous avez eue Marie-Paule, merci beaucoup d’avoir couché sur le papier cette belle aventure, je suis émue de vous lire.

  5. Sonia Reply

    J’ai accouché moi aussi pendant le premier confinement et j’aurais rêvé de vivre le même accouchement que vous… Mais j’ai vécu une toute autre histoire. D’abord on était chez mes beaux parents donc je n’ai pas accouché à la mat où j’avais eu tout mon suivi de grossesse, et en plus mon mari n’a pas eu le droit d’aller en salle de travail, seulement de me rejoindte au moment de la naissance. Je me suis sentie si seule et perdue, ça a été très difficile de tenir et j’ai craqué pour la peri au bout de 4 heures de contractions alors qu’en fait j’étais déjà presque au bout, je regrette tellement toit ça…. Mais je suis vraiment heureuse pour Marie-Paule, elle a bien fait de rester chez elle.

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