fbpx
Bonjour et bienvenue chez Naturelle maman !17 mai 2022
récit d'accouchement en siège sans péridurale

Meriem « Mon accouchement express par le siège »

La majorité des femmes dont le bébé se présente en siège se voient proposer une césarienne programmée en fin de grossesse. Pourtant, il est tout à fait possible de vivre un accouchement physiologique. Le témoignage de Meriem, sage-femme et maman de deux enfants, en est la preuve et je suis sûre qu’il donnera beaucoup d’espoir à celles qui s’y préparent.

« Leyla était en siège depuis 32 semaines (peut-être même avant ?). Je suis restée positive sur le moment en me disant que j’allais faire tout mon possible pour l’aider à se retourner.

Acupuncture, ostéopathie, piscine, poirier dans l’eau, positions de Spinning babies (un programme pour aider bébé à adopter la meilleure position, très connu dans le monde un peu moins en France), hypnonaissance, etc. Tout quoi.

J’avais des rendez-vous à peu près chaque semaine en fin de grossesse. A chaque consultation petit coup d’échographie pour confirmer la position.

Et à chaque consultation la même déception (je m’en veux tellement d’avoir ressenti ça aujourd’hui car j’ai eu un accouchement tellement magnifique avec bébé en siège que je me dis si seulement j’avais su j’aurais davantage profité de ma fin de grossesse sans aucune pression).

Mes rendez-vous me déprimaient car j’étais dans l’espoir d’avoir un accouchement 100% physiologique et non médicalisé comme mon premier accouchement dont vous pouvez lire le récit ici

Mais les naissances par le siège sont généralement très médicalisées.

Par mesure de précaution (mesures que je considère différemment aujourd’hui) on recommande vivement la pose d’une anesthésie péridurale (APD) sur le motif qu’en cas d’urgence une voie est déjà posée (manœuvres, césarienne, etc).

La physiologie des naissances en siège

Aujourd’hui j’ai un autre regard sur le sujet car les urgences existent dans tout type d’accouchement : allons nous insister pour la pose d’une APD lors de tous les accouchements en présentation céphalique (la tête) du fait de l’existence d’un risque de dystocie des épaules ? Non…

C’est en recherchant des témoignages que j’ai réalisé qu‘in fine, on connaissait très mal la physiologie des accouchements par voie basse avec un bébé en siège car la plupart de ces naissances sont soit programmées par césarienne, soit déclenchée après une VME( version par manœuvre externe).

Et pour le peu de grossesses restantes, qui arrivent jusqu’à la possibilité “voie basse”, la naissance est, le plus souvent, médicalisée.

Ma philosophie de l’accouchement est telle que je considère la mobilité essentielle : la mobilité qui est instinctive et qui permet d’accueillir les contractions (les vagues) différemment (versus allongée sur un lit).

La mobilité qui aide son bébé à se tourner et s’engager dans la position la plus optimale. La mobilité qui permet d’offrir un maximum d’espace à son bébé. La mobilité qui est restreinte en cas d’APD.

J’avais donc deux objectifs : faire tout mon possible pour que ma fille se retourne.

Et en parallèle chercher LA/LE gyneco qui serait OK pour une naissance par voie basse si jamais elle ne se retournait pas ( ET non médicalisée autant que possible).

J’ai lu, pendant tout le dernier trimestre, le maximum de témoignages de femmes qui avaient accouché par voie basse avec un bébé en siège. Autant dire que ces témoignages étaient peu nombreux, mais je commençais à regagner confiance en moi après chaque lecture.

Des accouchements très rapides

Les peu de récits d’accouchement par le siège non médicalisés se ressemblaient : contrairement à ce que l’on imagine, ces accouchements étaient assez rapides, voire très très rapide.

Étant sage-femme et instructrice en hypnonaissance, méthode que j’avais utilisée lors de mon premier accouchement, lire ce genre de témoignages était essentiel pour moi.

Je savais que mon mental pouvait aussi bien être mon meilleur allié que mon pire ennemi le jour J.

En hypnonaissance, la visualisation permet de se projeter et regagner confiance en son corps et en la physiologie de la naissance (tout en restant consciente que tout ne se passe pas toujours comme on l’espère). 

Je recherchais des témoignages de bébés qui s’étaient retournés à 36 semaines, puis 37, puis 38 et jusqu’au bout j’avais cet espoir.  

J’ai finalement, après avoir tout essayé de mon côté et vu que bébé ne se retournait pas, ACCEPTÉ notre situation, convaincue que si elle ne s’était pas retournée, il y avait une bonne raison.

Lors de ma dernière consultation (39+3), je suis enfin tombée sur une gynécologue qui était d’accord pour une voie basse en siège. Cela dit elle m’a rappelé que si le travail ne se lançait pas à 41 semaines, j’aurai droit à une césarienne programmée.

Elle m’a tendu un papier à signer et je me suis littéralement effondrée.

Ça n’était pas l’expérience que je voulais vivre et en même temps je savais que personne n’y était pour rien et que la césarienne restait une forme d’accouchement.

Mais tout de même j’étais triste parce qu’après avoir expérimenté la naissance par voie basse, je voulais revivre quelque chose de similaire.

La médecin me dit alors que même si elle n’est pas en salle d’accouchement, si elle est présente dans l’hôpital le jour J elle viendrait pour mon accouchement.

Il me restait donc au maximum 10 jours pour que le travail se déclenche

Je n’avais eu pas eu de pelvimetrie pour une mesure du bassin car les protocoles ici (au Qatar) sont différents. Ma fille était estimée de taille moyenne avec un petit périmètre crânien.

J’avais mis en place plusieurs choses pour faciliter le travail lors de sa mise en route : dattes fois par jour, marche et positionnement pour ouvrir le bassin, position accroupie plusieurs fois par jour pour assouplir le périnée, infusions de feuilles de framboisier et d’ortie, thé karak (une spécialité ici, un thé à base d’épices) la marche quotidienne, la piscine (un jour sur deux) les sessions d’hypnonaissance avec visualisation de la naissance, relaxation, respiration, acupuncture. Disons que le climat était malgré le stress autour du siège, assez favorable.

La veille de la naissance, 39+5 nous sommes sortis promener en bord de mer avec mon mari.

Et je lui ai dit « J’ai abandonné l’idée qu’elle se retournerait, je suis prête pour accoucher comme ça et j’irais quand le travail à la maternité lorsque le travail sera bien lancé, pas avant.

Il m’a simplement répondu “Tu l’as déjà fait une fois, moi j’ai confiance en toi, tu peux le faire. »

Nous sommes rentrés après une heure de marche l’esprit serein et apaisé.

Le lendemain matin, 39+6 réveil habituel à 7h.

Notre grande (3ans) est préparée par son papa et je dois la déposer à la crèche. Je me réveille.

Je ressentais des contractions depuis 22 semaines à chaque marche, réveil, changement de position donc je ne suis pas surprise d’en ressentir ce matin là. Je me lève.

Et LÀ : je ne comprends rien à ce qui se passe dans mon bassin.

Des mouvements que je n’ai jamais ressenti auparavant, des vrais grands mouvements. Avec un bébé en siège tout est différent.

Ma fille était en siège COMPLET depuis les 6 mois de grossesse et je ressentais donc des pieds vers les plis de l’aine. 

Ce matin là je ne reconnaissais plus les mouvements et c’était légèrement douloureux.

Quelques secondes après j’ai ressenti une contraction plus forte que d’habitude. Je vais à la salle de bain, fais ma petite toilette, et m’habille rapidement pour amener ma fille à la crèche.

Je ne me suis pas vraiment posée de question jusqu’à ce que j’arrive dans le parking et que je ressente une nouvelle contraction.

Celle ci m’a de suite rappelé le travail. Mais étant donné que je n’en avais eu que 2 peu douloureuses (même si elles étaient intenses), j’ai jugé bon de conduire ma fille à la crèche tout en prévenant mon mari, déjà au bureau, de garder son téléphone près de lui car c’était peut être LE JOUR J. 

Au moment de descendre de la voiture une nouvelle contraction : tout se confirme

La contraction typique, celle qui vous empêche de parler, de marcher et qui demande une respiration profonde pour ne pas sombrer dans la douleur intense.

C’est si soudain… je dépose ma fille dans la crèche et retourne à ma voiture. 

Je me dis alors que ça va, je peux conduire (attention je ne recommande pas !), que je suis à 5 minutes en voiture, que je m’arrêterais sur la bande d’arrêt d’urgence si j’ai du mal.

J’appelle mon mari pour lui demander de rentrer car « c’est bien le travail qui démarre , aucun doute« .

9h Arrivée à la maison je file prendre mon ballon pour m’accompagner durant les contractions.

Je pose le ballon sur le lit : je suis à 4 pattes avec ma tête et mes bras sur le ballon.

Les contractions sont espacées de 5 à 10 min, temps durant lequel je me lève et vérifie que je n’ai rien oublié dans mon sac d’accouchement (j’y avais mis un maillot, un paréo pour rester au maximum sous la douche dans la salle d’accouchement, des petites bougies à pile pour une ambiance tamisée, des serviettes pour mettre du chaud sur le périnée lors de l’expulsion, mon casque audio sans fil, un masque de sommeil pour être si besoin déconnectée visuellement de ce qui m’entoure, mon chargeur de téléphone avec la playlist hypnonaissance prête sur mon téléphone, de l’eau et quelques dattes).

A chaque nouvelle contraction je visualise des vagues et au loin, métaphore que je recommande toujours lors des cours d’hypnonaissance, un petit bateau qui transporte mon bébé.

A chaque vague, le bateau et donc mon bébé se rapproche de moi. Je sais que certaines vagues vont être plus fortes et intenses mais la respiration et le fait de rester sereine m’aident à bien vivre le moment.

9h15 Je décide d’aller prendre un bain. J’ouvre l’eau mais rien ne coule.

Je panique, le service de maintenance de l’immeuble a-t-il coupé l’eau pour des travaux et si oui combien de temps ???

J’appelle Ridoine dans un moment de désarroi, car l’eau chaude était mon meilleur allié lors de mon premier accouchement). Il appelle le concierge et en effet l’eau est momentanément coupée.

Je m’entends encore dire « Non non, ça n’est pas possible j’ai besoin de l’eau, maintenant« .

Finalement en expliquant la situation, l’eau est réouverte sur notre étage.

9h30 Mon mari arrive à la maison. Il file dans la salle de bain pour me faire couler un bain, j’entends l’eau et je n’ai qu’une envie c’est de m’allonger dans ce bain chaud.

Les contractions sont toujours supportables et je n’ai aucune idée de mon avancée dans le travail

Donc avant d’aller dans le bain, je décide de m’examiner. 

J’ai senti son pied. Oui oui… un pied, à travers la poche des eaux, en train de s’engager avec la poche avec un col dilaté mais sans savoir exactement à combien, la poche des eaux étant très bombée, j’évite de stimuler pour éviter qu’elle se rompt.

J’explique avec humour à Rid que le bain ce sera pour une autre fois et qu’on doit aller à la maternité TOUT DE SUITE.

On descend les affaires, la respiration de la vague est ma source de sérénité et me soulage lors des contractions. Je n’ai pas peur d’accoucher, j’espère seulement que la gyneco que j’ai vu lors de ma dernière consultation travaille aujourd’hui.

10h15 On démarre direction la maternité.

Je pleure parce que je suis à la fois tellement heureuse mais aussi dans l’inconnu total. Je n’ai jamais accouché d’un bébé en siège et les seuls accouchements que j’ai accompagné en tant que sage-femme étaient médicalisés.

La poche des eaux se rompt spontanément lors d’une contraction. Je commence à me dire que les choses semblent aller vite. Je sais que les contractions vont alors devenir encore plus intenses. Mais ça va, je me fais confiance et je fais confiance à mon corps.

10h30 On arrive sur le parking de la maternité, je peine à marcher, j’ai une grosse serviette de plage entre les jambes, le liquide amniotique coule.

On m’amène en salle de tri mais étant donné que j’ai l’air « bien ».

La sage-femme ne juge pas utile de me prendre en charge immédiatement, elle me laisse attendre et va sur son ordinateur.

Au bout de 2 minutes je lui explique que mon bébé est en siège et que je suis sur le point d’accoucher, LÀ, MAINTENANT.

Toujours rien elle me dit juste qu’elle arrive.

10h40 on m’examine, je suis à dilatation complète. Mon bébé est en siège, et les salles d’accouchement se trouvent à l’étage.

De plus la gynécologue en salle de tri ne semble absolument pas prête si jamais je dois accoucher sur place.

Elle me demande un peu en panique de ne surtout pas pousser, je vois débarquer 4 autres sages-femmes qui s’agitent autour de moi en panique aussi et moi au milieu sereine. J’ai juste dit gentiment en souriant « Je vous avais prévenues« . 

10h45 on me monte en salle d’accouchement, et ayant demandé si la gyneco de ma dernière consultation était présente, je la trouve déjà prête à m’attendre lorsque j’entre dans la salle.

Je suis heureuse elle est là avec mon amie sage-femme qui travaille aussi ce jour-là.

Je pleure encore une fois de joie car je sais que je vais pouvoir réaliser mon souhait d’accoucher pr voie basse

On s’installe, un pied est déjà engagé et sur le périnée. Je demande à pouvoir rester à 4 pattes mais la gynéco m’explique qu’elle n’a jamais réalisé d’accouchement en siège à 4 pattes et qu’elle ne sera pas à 100% mais que je suis libre de choisir.

J’avoue ne pas avoir trop réfléchi, les choses allaient si vite que je voulais juste avoir mon bébé dans les bras.

Je m’installe en position semi-assise et dès la première contraction, je ressens une envie irrépressible de pousser, réflexe, c’est incontrôlable et la seule chose que je réussis à maîtriser est ma respiration.

La gynécologue et la sage-femme me motivent et le calme règne dans la salle.

Je n’écoute pas trop ce qu’elles me disent. Je suis déconnectée mais je leur fait répéter et là j’entends que les jambes et le bassin sont déjà dehors.

Je n’ai absolument rien senti et j’ai du mal à réaliser. Je demande de quel côté est son dos. Il est primordial que bébé tourne son dos vers lavant de manière à éviter que que le menton ne se coince sur la symphyse pubienne.

Dans tous les cas, l’équipe est là et peut intervenir à tout moment si ma fille ne se tourne pas dans le bon sens. J’aurais aimé un miroir pour voir ça car les naissances en siège sont tellement rares que je les trouve encore plus magiques.

Le dos de ma fille est bien vers l’avant, soulagée car j’espère avoir le moins d’interventions possible.

La contraction suivante se fait attendre, la gyneco souhaite me mettre un peu d’ocytocine de synthèse car elle a peur que mon bébé vive mal le fait d’être « à moitié dehors », mais je refuse.

J’entends le rythme cardiaque au monitoring, il est normal. Je reconnais à l’oreille.

Je suis apaisée et on attend la prochaine contraction.

On se regarde on sourit et on vit toutes un moment particulièrement mémorable.

Les naissances en siège sont rares et encore plus rares les naissances en siège physiologiques

La contraction suivante finit par arriver. Ma fille est quelques secondes après sur moi en peau à peau.

Elle pleure, elle est toute chaude et recouverte d’énormément de vernix caseosa. Le placenta arrive rapidement après. Mon périnée est intact je n’ai ni déchirure, ni éraillure, ni épisiotomie. Je me sens bien.

Je suis un peu sous le choc de la rapidité de cette naissance. Je regarde l’heure, il est 11h09.

À 9h je déposais ma grande à la crèche. Et maintenant ma deuxième fille est dans mes bras. Je ne réalise pas.

Je pleure de joie, on a réussi. J’ai fait confiance à mon bébé et à mon corps. L’équipe médicale nous à fait confiance et vice versa.

C’était un moment magnifique, magique je ne saurais pas mieux le qualifier. 

Le peau a peau est alors le moment idéal pour la première mise au sein.

Dans tout ça, mon mari était allé faire l’inscription dans le hall et le temps qu’il revienne notre fille était déjà née. Lui aussi est sous le choc mais tout aussi heureux.

Elle s’appelle Leyla May. Elle est belle, gracieuse et elle est née comme une danseuse étoile les pieds vers le bas.

Leyla signifie en arabe : la nuit. Ma petite Lune est dans mes bras, et la seule frustration que je ressens est celle de ne pas avoir eu le temps d’utiliser tout ce que j’avais mis dans mon sac d’accouchement (et d’écouter la belle playlist que j’avais préparé pour le travail).

On m’a ensuite rapidement apporté un plateau repas, mais tout ce que je voulais c’était rester dans ma bulle.

Une sage-femme est restée dans la salle pendant les 2h de surveillance post-partum. Elle remplissait le dossier depuis la salle et avait son ordinateur dans la salle en cas de besoin.

Je me suis sentie écoutée, soutenue et respectée

J’ai malgré tout du batailler durant la grossesse pour me faire entendre sur mon désir d’accoucher par voie basse mais les témoignages que j’ai pu lire m’ont donné toute la force qu’il me manquait. 

Le post-partum immédiat était plus facile que pour ma première (j’avais eu une petite déchirure mais qui était douloureuse les premiers jours).

Cette fois rien de tout ça et comme les témoignages que j’avais lu sur les naissances naturelles en siège je peux le dire à mon tour : j’ai trouvé cet accouchement très facile que ce soit la rapidité du travail (bien qu’intense) que l’expulsion (la tête étant le plus gros diamètre et arrivant en dernier, le périnée avait déjà était distendu petit à petit).

Je souhaite à toutes les femmes de vivre une naissance heureuse qui renforcera leur confiance en elles et leur rappellera oh combien elles sont puissantes de donner la vie, quelle que soit la voie de naissance. »

Meriem Bendriss, sage-femme – @sagefemme.sweetbirth

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.